Categorie des archives pour: Travail

Affaire des cadres de chez Renault – un document accablant

Le 3 janvier 2011, Matthieu Tenenbaum, cadre supérieur de Renault, est convoqué dans le bureau de Christian Husson, le directeur juridique de l’entreprise. Il découvre alors qu’on l’accuse d’espionnage industriel au profit des Chinois.

Il est sommé d’avouer et de démissionner le jour-même sans bruit sous peine de grave poursuites pénales.

Dans l’incompréhension la plus totale, il clame son innocence :

« je suis prêt à la transparence, checkez tout ce que vous voulez… Mais jamais de la vie j’aurais donné quoi que ce soit, à n’importe qui en dehors… C’est vraiment mal connaître ce que je fais dans cette entreprise. [..]

Mets-toi deux secondes dans l’hypothèse que très sincèrement je n’ai rien à me reprocher. Que veux-tu que je dise d’autre? Vous pouvez tout vérifier, mes comptes, mes emails, mes machins, fouiller chez moi, perquisitionner… mais jamais de la vie j’aurais donné la moindre chose en dehors de l’entreprise

Le directeur juridique conclue froidement

« les seules choses que je peux te souhaiter, c’est de ne pas te tromper dans tes choix à partir de maintenant. Tu vas aller à ton bureau chercher tes affaires discrètement sans souhaiter les voeux à tes collègues. Salut Matthieu! »

La conversation est enregistrée à son insu et diffusée en direct à d’autres responsables de l’entreprise.

Renault décidera de ne pas faire confiance en la bonne foi du dirigeant, de poursuivre l’action en justice pour finalement se rendre compte que tout n’était que manipulation. On ne sait pas si le directeur financier et ceux qui écoutaient la conversation ont personnellement présenté leurs sincères excuses.

Ce document est diffusé et retranscrit par l’Express. Le voici sous format audio. C’est accablant.

Maitriser son usage des nouvelles technologies – interview

Cette interview a été réalisée à l’occasion d’une rencontre de jeunes professionnales au sujet de l’usage des nouvelles technologies.

Messagerie, internet, facebook, tout le monde est utilisateur. Tout le monde y véhicule du contenu. Avec quelles conscience des impacts, quelles limites ?

« La réputation compte autant que le travail lui-même »

Je partage avec vous cet extrait de la revue Cadres-CFDT ( n°440-441. Octobre 2010) qui rejoint par certains points les préoccupations de certains jeunes professionnels du mouvement chrétien des cadres que j’ai rencontré début octobre.

Entretien avec Alexandre des Isnards et Thomas Zuber

Quel est votre parcours professionnel ?

Thomas Zuber. J’ai été consultant en organisation et en systèmes d’information pendant une dizaine d’années dans différents cabinets de conseil et SSII. J’ai effectué des missions de conseil chez France telecom et chez Sin et Stes par exemple. Je recueillais et j’analysais les besoins des métiers des ressources humaines. Puis dans un deuxième temps avec mes équipes, nous mettions en place des Systèmes d’Information dans le domaine de la paie, de la formation ou du recrutement. J’avais beaucoup de déplacements et j’ai toujours profité d’une grande diversité dans les missions. et quand on est jeune, c’est plutôt agréable.

Mais j’ai aussi trouvé que mon travail manquait de sens. J’ai heureusement toujours réussi à dégager du temps pour faire de la politique, du théâtre et ensuite écrire notre premier livre. J’ai vraiment l’impression d’être une exception car je n’ai jamais travaillé très tard ou en vacances.

Alexandre des Isnards. J’ai travaillé en tant que consultant Internet en Web Agency pour la création de sites web de clients de grande taille et en agences media pour des stratégies de publicité digitale pendant une dizaine d’années.

Je suis aujourd’hui toujours en contact avec ce monde mais en tant que consultant, à mon compte.

Vous avez donc travaillé tous les deux comme consultants dans le domaine des nouvelles technologies, un milieu où la moyenne d’âge est assez basse et où la culture de l’urgence est omniprésente…

Alexandre des Isnards. Oui. Le corollaire de cette culture de l’urgence, c’est que les entreprises n’ont pas de projet pour garder les jeunes cadres.

Les entreprises qui évoluent dans le monde des nouvelles technologies sont organisées comme des « viviers à free lance ». Il y a bien quelques cadres à l’ancienne, qui encadrent des équipes, mais il y a surtout des cadres, tous jeunes, qui n’encadrent personne, et dont on attend qu’ils repartent au bout de deux ou trois ans, le passage en début de carrière dans ce genre d’entreprise étant souvent considéré comme un « booster ». Il n’y a pas de plans d’avancement salarial, rien qui puisse fidéliser les jeunes cadres.

Pour revenir à la culture de l’urgence, ce qu’il y a de certain, c’est qu’il existe un grand décalage entre la formation lors des études et ce que vit le jeune professionnel lors des premiers pas dans l’entreprise.

Il n’y a aucune préparation à l’urgence et à la prise de décision immédiate dans les écoles ou à l’université. La relation avec le professeur est complètement différente de la relation avec le manager. Souvent, le manager ne connaît pas le travail de son N-1, et d’ailleurs il ne veut même pas en entendre parler. Alors que les rapports étudiants- professeurs sont très encadrés, le manager brouille les frontières en jouant sur l’affectif ou le tutoiement

Dès l’arrivée dans l’entreprise, il faut apprendre à communiquer, à être visible en interne et à aller vite. concrètement, si votre mail ne fonctionne pas, on va vite vous demander de passer par votre messagerie instantanée (MSN) pour pouvoir continuer à répondre très rapidement aux mails envoyés.

Ce qui ne contribue pas, on l’imagine bien, à garder hermétiques les frontières de la vie privée

Alexandre des Isnards. Non, en effet. Une fois que vous avez donné votre MSN à votre supérieur hiérarchique, et c’est une situation très fréquente, il devient plus difficile de protéger sa vie privée.

et c’est vrai même dans les grandes boîtes qui ont pourtant toutes des chartes de respect de la vie privée. Avec les nouvelles technologies et l’exigence de grande flexibilité qu’elles induisent, ces chartes deviennent vraiment difficiles à appliquer. Je vais vous donner un exemple. Il y a peu de temps, une jeune femme terminait son stage de six mois dans une entreprise. Les gens qui travaillaient avec elle voulaient lui faire un cadeau, mais ne connaissaient pas vraiment ses goûts. ces personnes se sont donc dit que le meilleur moyen était d’aller chercher l’historique de ses navigations sur l’ordinateur posé sur son bureau.

L’intrusion dans la vie privée va donc assez loin, sans que ça n’émeuve grand monde ; la cNIL et les inspecteurs du travail ont des choses bien plus graves à traiter que ces petites incursions, insidieuses mais pas forcément toujours visibles.

Thomas Zuber. c’est vrai qu’avec les nouvelles technologies, les horaires sont moins fixes et les temps professionnel et personnel se mélangent.

Les gens, et sans doute encore plus les moins de trente ans, apportent des choses du domaine du privé au boulot :ils préparent leurs vacances en achetant des billets de train par exemple, ils achètent des livres, ils peuvent aussi faire des courses.

Inversement, le temps professionnel empiète sur le temps privé : avec les BlackBerry et autres smartphones, les gens regardent leurs mails à n’importe quelle heure, le soir et pendant les jours de congés.

Il me semble que ce qu’il y a de plus spécifique aux moins de trente ans, c’est qu’ils sont malgré tout moins prêts à sacrifier le temps privé. Si le travail est ainsi, s’il y a si peu de gratifications, pourquoi devrait-on y sacrifier tout notre temps et notre énergie au détriment des autres temps de la vie ? Ils veulent du donnant-donnant et sont sans doute moins naïfs que leurs aînés. ce qui ne veut pas dire qu’ils ne sont pas prêts à s’impliquer dans leur travail quand ils sentent vraiment que cela en vaut la peine.

Finalement, la notion d’horaires est plus floue qu’autrefois. La frontière entre les différents temps est moins organisée. et pourtant, même si c’est paradoxal, on peut penser que les jeunes veulent accorder plus d’importance à leur vie privée car ils ont vu leurs parents souffrir au travail, parfois même devenir chômeurs après cinquante ans.

Facebook est une sorte d’icône de cette nouvelle génération…

Thomas Zuber. Les jeunes de 25 ans ne se voient plus travailler sans facebook. J’ai une jeune amie qui m’a dit l’autre jour, «je ne me vois pas travailler autrement que toutes fenêtres ouvertes ». ce qui veut dire qu’elle ressent le besoin d’être connectée en permanence à facebook, MSN Messenger tout en travaillant sur un document Powerpoint.

Sur facebook, les temps privés et professionnels sont confondus puisque parmi les amis il y a à la fois des « vrais » amis et des collègues de bureau. On imagine bien sûr sans mal que c’est à double tranchant. Le statut est parfois même utilisé comme un outil professionnel. Par exemple, si vous êtes coincés dans les transports en commun, vous pouvez dire via l’icône facebook de votre smartphone que vous arriverez en retard à la réunion programmée.

Les études disent que les salariés passent en moyenne cinquante minutes par jour sur internet pour des raisons personnelles. c’est beaucoup. c’est d’ailleurs aussi ce qui explique que dans les open space, les jeunes tiennent à avoir un écran caché des autres. ce que les plus âgés ne comprennent pas forcément : si on a rien à cacher, à quoi ça sert de vouloir cacher son écran d’ordinateur ?

Alexandre des Isnards. Il n’est pas rare qu’après le premier entretien d’embauche, le recruteur demande à être votre ami sur facebook. comment réagir dans ce cas ? refuser ? c’est risqué. Accepter ? c’est intrusif. ce concept d’intimité est en train de changer. Dans tous les métiers de la communication, du marketing, de la publicité, il faut avoir un profil sur facebook. tout est emmêlé, vie professionnelle et vie privée. On cherche une location d’appartement, on passe des coups de fil perso en open space et on travaille chez soi avec les smartphones et l’Internet nomade.

Dans ce contexte, ceux qui savent développer des stratégies de visibilité, se vendre, développer leur personne comme une marque sur les réseaux sociaux et en open space s’en sortent.

et le pire qu’un DrH puisse dire à un jeune salarié lors d’une évaluation, c’est : « tu n’es pas visible et interne ». Votre profil peut aussi servir à défendre la marque de votre entreprise, et c’est d’ailleurs même souvent encouragé.

Finalement, la réputation compte autant que le travail lui-même.

Source : CFDT

Bientôt plus aucun designers en France !

Le mot « designer » regroupe de nombreux métiers comme graphiste, architecte, styliste, designer d’objet, ou encore architecte d’intérieur, etc. Ce terme a l’avantage de souligner les complémentarités de ces métiers et la tendance des designers (qu’ils soient designer textile, graphique, ou d’intérieur) à répondre ensemble à des commandes. En effet, graphistes et architectes sont souvent amenés à travailler ensemble pour la conception de signalétique d’un lieu ; ou encore les designers textiles et les stylistes pour la création de vêtements. C’est dans ce souci de valorisation des métiers du design et de défense des spécificités des métiers de la création que s’est constituée, en 2004, L’Alliance Française des Designers (AFD), le syndicat professionnel des métiers du design.
L’AFD a travaillé de nombreuses années avec la Commission européenne pour améliorer la nomenclature en France et a réussi, en 2008, à ce que soient reconnu officiellement les métiers du design dans la classification INSEE.
En mai 2010, l’AFD apprend que, dans un souci de francisation des nomenclatures, l’INSEE souhaite remplacer le terme de « designer » par celui de « concepteur ». Par un chauvinisme déplacé, l’INSEE décide de balayer d’un revers de main des années de travail : ce changement de nom aura, d’une part, pour conséquences un éparpillement et une division des différentes branches de la création. Diviser, ils seront donc moins forts pour faire valoir leur spécificités et leurs droits ! D’autre part, ce changement sonne comme une mauvaise blague. En effet, à l’heure où le terme « design » est devenu universel comme sa pratique et ses enjeux, la France joue les conservateurs en allant à contre-courant du reste du monde. Pire ! Elle oublie ses origines car le terme « design » vient du latin designo signifiant « dessiner à dessein ». Preuve en est qu’il est tout à fait légitime pour expliquer et rendre compréhensible les métiers de la création appliquée à l’industrie.
Si vous êtes, comme moi, sensible(s) à ces préoccupations, l’AFD a mis en place une pétition en ligne afin de rétablir l’identité des professionnels de la création.

L’apprentissage, une fausse bonne idée ?

apprentissage

crédit photo : francaisdumonde.com

Il y a 10 ans, on a voulu expliquer le problème du chômage des jeunes par l’inadéquation entre la « formation initial » et le besoin des entreprises. On a alors mené des politiques pour rapprocher le monde de l’école du monde de l’entreprise : plutôt que de former les esprits, il fallait former des techniciens immédiatement employables.
Dans ce cadre,  l’apprentissage apparaissait comme LA solution : quand on veut former un technicien, quoi de mieux que lui faire faire son travail en entreprise dés le début de sa formation ? Ce qui fonctionnait pour l’artisan pâtissier devait fonctionner à grande échelle, pour un grand nombre de corps de métiers, depuis la DRH jusqu’au labo de R&D !

Devant la peur du chômage, de nombreux jeunes se dirigent actuellement vers ces formations. Je ne rentrerai pas ici dans le débat entre savoir théorique/savoir pratique, savoir être/savoir faire. Je ne veux pas non-plus apparaitre comme anti-apprentissage. Je voudrais juste soulever quelques interrogations, dire mon scepticisme.

D’abord, il faut se rendre compte que les entreprises jouent peu le jeu de l’apprentissage. Il faut dire que ce n’est pas très pratique pour elles : le jeune n’est pas là à plein temps  ce qui peut demander d’adapter le travail à son calendrier. Il doit avoir un maître de stage volontaire, attentif et disponible, ce qui coute de l’argent à l’entreprise.

Les entreprises assument peu leur rôle (et sans doute leur devoir) éducatif, offrant peu de places aux apprentis. Face à cette pénurie, le jeune doit faire jouer ses réseaux, en fait ceux de ses parents, pour avoir un stage. Vu sous cet angle, l’apprentissage apparait alors comme un merveilleux outil de reproduction des injustices sociales : le père ingénieur fera embaucher son fils en apprenti ingénieur, le père maçon, en apprentis maçon. Quand au père chômeur… il aura le plus grand mal à trouver une entreprise pour son enfant puisque, s’il avait un réseau, il est probable qu’il ne serait pas lui-même au chômage !

Je sors d’un débat où le maire d’une commune disait la détresse grandissante de ces parents qui viennent le voir pour le supplier de trouver une entreprise ou une collectivité susceptible d’accepter leur enfant…. « Pourquoi en apprentissage ? Parce qu’il pourra ramener de l’argent à la maison ! »

Le choix de l’apprentissage devient en fait une sorte de miroir aux alouettes qui permettra de concilier formation et travail, école et revenus.

C’est ainsi que de nombreux jeunes, de classes défavorisées préfèrent se diriger vers des formations par l’apprentissage pour se rendre compte qu’ils n’arrivent pas à trouver d’entreprises et… se retrouver sans rien, à la rue, sans formation, ni théorique ni pratique.

Si le résultat, c’est de reproduire les injustices sociales, de permettre aux plus aisés de travailler tandis que les autres se retrouvent sans rien, finalement, l’apprentissage me parait être une fausse bonne idée…

L’usage raisonné des TICs en milieu professionnel

Le Mouvement Chrétien des Cadres m’a sollicité pour intervenir dans le cadre d’une rencontre des jeunes professionnels ( 25-35 ans ) consacrée à l’usage des Technologies de l’Information et de la Communication. Je vous livre ici quelques idées sur le sujet.

Les TIC permettent de travailler avec plus de liberté (travail asynchrone, travail à distance). Il permet de travailler en même temps avec des gens du monde entier (conférence téléphoniques, tchat).

Elles permettent de rencontrer des gens qu’on ne rencontrerait pas sinon (forums, blogs, facebook). Qu’on ne s’y trompe pas, la plupart du temps, ces rencontres « virtuelles » donnent lieu à des rencontres  »en vrai ».  

En même temps, nous sommes tous submergés par des centaines de mails. Souvent ces mails sont un moyen de ne pas discuter avec l’autre. c’est le « je t’ai envoyé un mail, tu n’as rien dit, c’est donc que tu es d’accord ».

On avance de plus en plus dans l’inter-pénétration du professionnel et du privé (lisant ses mails le soir sur son blackberry, consultant au travail son profil facebook). Quand outlook affiche le profil facebook d’un interlocteurs, on entre facilement sur sa vie sociale et familiale. Il n’est pas forcément au courant, ni-même d’accord.

Avec tous ces messages en flux continu, nous décrochons de ce que nous faisons en moyenne toutes les 12 minutes ! Nous avons acquis une culture du zapping permanent peu propice aux actions à moyen terme.

Avec les TIC, on s’échange des nouvelles. Est-ce qu’on communique vraiment ? Est-ce qu’on rencontre l’autre ou est-ce qu’on l’évite ? Quelle place pour la réflexion ? la construction de soi ?

Comment avoir de la chance ?

crédit photo om-passion.com

Quand on est jaloux de la réussite de certains, il est commun de dire qu’ils ont de la chance.  C’est une manière de dévaluer ce qu’ils font, de ne pas admettre que, sans doute, ils ont des manières moins cartésienne d’arriver au même but. 

Avoir de la chance, c’est peut-être faire travailler son 6 sens, récolter des informations pour pouvoir anticiper et être au bon endroit au bon moment, faire ce qu’il faut quand il faut.

Aussi, plutôt que de maintenir une rage envers les chanceux, je suggère de réfléchir un peu à la question en visionnant cette vidéo qui explique de manière certes un peu présomptueuse mais, je trouve, très juste.

Comment mettre la chance de son côté ? Interview de Philippe Gabilliet, directeur du MBA executive d’ESCP Europe :

Dignité et respect des jeunes au travail

Partout et depuis de nombreuses années, on entend les jeunes parler de « respect ».

Pendant les 2 années à venir, la JOC (Jeunesse Ouvrière Chrétienne) va travailler sur la question de la dignité des jeunes au travail. J’en ai profité pour demander à l’un de ses cadres de nous parler de ce thème. J’ai été surpris de le voir parler à son tour du « respect ».

En quoi les jeunes ne seraient-ils pas respectés au travail ?

[cette vidéo a été tournée à l'occasion de la manifestation du 7 septembre 2010 sur les retraitres]

En fait, la question qui se pose est double :
- les jeunes sont-ils respectés au travail ?  pourquoi ?
- les jeunes sont-ils plus sensibles que leurs aînés à la question ?  pourquoi ?

Chrétien et Cadre, aujourd’hui

Qu'est-ce qu'un cadre aujourd'hui ?

Aujourd'hui, la définition du cadre se délite : certains cadres n'encadrent personne, certains non-cadres encadrent des dizaines de collaborateurs. Ce qui  reste à mon avis déterminant dans la réalité du travail du cadre, c'est sa responsabilité par rapport à ce qu'il fait, ce que front les autres, et in fine, ce que fait son entreprise.

Je pense que le cadre d'aujourd'hui a de moins en moins d'informations pour prendre des décisions et exercer ses responsabilités : en effet,
- il n'a bien souvent plus accès au top management lui-même soumis à des réalités qui le dépassent ("loi du marché/loi des marchés")
- les organisations matricielles ont pour effet que, soit le cadre encadre des gens dont il ignore ce qu'elles font au jour le jour, soit il est donneur d'ordre à des gens qu'il n'encadre pas et qui sont eux-mêmes soumis à d'autres ordres qu'il ne connait pas

Des entreprises qui se déshumanisent

Dés-lors, il est de plus en plus difficile de prendre ses responsabilités et il devient commode de ne plus regarder que la bonne exécution des objectifs eux-mêmes fixés par le top management qui est finalement peu au fait des réalités de terrain. La conséquence est finalement chacun dans l'entreprise est soumis à un grand nombre de demandes dont personne ne sait si elles sont prioritaires ou pas.

S'en suit le stress des salariés devant tous ces ordres contradictoires et le stress du cadres soumis à ses indicateurs qui ne tournent pas rond. S'en suit aussi une entreprise déshumanisée où l'on envoi des mails sans comprendre pourquoi ils ne sont pas lus, où l'on demande à des gens d'accomplir des tâches en sachant par avance qu'elles ne seront pas menées dans de bonnes conditions.

Un lieu d'engagement

Pourtant l'entreprise est le lieu par excellence du vivre ensemble pour un bien commun : elle rassemble des femmes et des hommes avec des compétences différentes (du juriste au créatif) et aux personnalités différentes (certains donnent des ordres, d'autres exécutent à des degrés divers, certains travaillent ensemble, d'autres pas…). 

Si le chrétien croit vraiment qu'il doit œuvrer pour un monde meilleur, alors l'entreprise est l'un des meilleurs endroits pour y engager sa volonté, son intelligence et son cœur. Si, en plus, il est cadre, alors il a des leviers que d'autres n'ont pas et donc, une responsabilité plus importante encore. C'est un devoir pour lui, non de se soumettre à une prétendue "loi du marché", mais de chercher de manière permanentes les marges de manœuvre pour que l'entreprise soit le lieu où se construit l'humanité et non celui qui écrase son prochain. C'est aussi parfois savoir dire "non" à ce qui lui parait outrancier ou indigne.

Ne pas rester tout seul

Dans ce genre de tâches, difficiles, incertaines, risquée, décourageantes parfois, certains cadres chrétiens choisissent de ne pas marcher tous seuls. Par exemples, au MCC, Mouvement des Chrétien des Cadres, des cadres se retrouvent en équipe de 10 personnes pour trouver du sens à leur action, rechercher des marges de manœuvre.

Quand on réfléchit tout seul ou avec des gens qui ont les mêmes problèmes, on ne risque pas de trouver de nouvelles solutions ! Voilà pourquoi le MCC choisi de rassembler au sein d'une même équipe des gens de profession radicalement différente : quand un créatif discute avec un juriste, il y a de bonnes chances pour qu'il lui apporte un angle de vue radicalement différent. Ce regard orthogonal, s'il se fait dans la confiance, l'écoute, et refusant de juger ou conseiller en quoi que se soit, amène chacun dans un chemin inespéré : celui où l'on voit que, là où l'on est, on peut exercer un degré de liberté et retrouver des marges de manœuvres pour changer les choses.

4 500 cadres pour changer le monde

En 2001, le PDG de Framatome disait aux 4500 membres du MCC rassemblés au congrès de Lille : "les libéraux n'ont pas d'autre projets que de faire plus d'argent, cela laisse la place aux chrétiens pour construire un vrai projet qui mette l'homme au coeur de l'économie". Force est de le constater, 9 ans plus tard, que les cadres chrétiens ne sont pas parvenus à trouver de réponse un peu construite. Quel dommage ! 4 500 cadres dans autant d'entreprises, ça pourrait en faire des choses ! Manque de ferveur ? Confiance déraisonnable dans le sacro-saint concept du "ferment dans la pâte" des années 60 – devenu "fil à la patte :) ? Manque d'ambition individuelle et surtout collective ? Je ne sais pas.

En janvier 2011, 2 congrès plus tard, le MCC se retrouvera pour un nouveau congrès sur le thème "inventer un avenir commun" ( – Comprendre les enjeux : mondialisation, nouvelles technologies, financiarisation, transmission, S’éclairer sur nos aveuglements individuels et collectifs, Découvrir des initiatives d’avenir dans les entreprises,  la société civile.Prendre conscience de nos marges de manoeuvre, S’engager dans de nouvelles manières de vivre ensemble - ). Évidemment, j'irai… entre inquiétude, colère et espérance.

Le début de ce post reprend une partie de mon intervention de ce jour, lors de la rencontre des mouvements d'action catholiques du Loiret qui a eu lieu dans le cadre de la visite pastorale de Mgr Fort, Évêque d'Orléans

A chacun sa manière d’évacuer le stress

Face aux situations de stress, certains se mettent au vert, certains craquent, d’autres… font la fête. Sans doute connaissez-vous la chanson de Stromae, « Alors on dance« 

Stromae (Maestro en verlan) est un artiste belge qui mêle rap et musique électro. On ne comprend pas trop pourquoi il a choisi la voie des « leçons de Stromae » pour se faire connaitre. Cela donne malgré tout des vidéos amateur amusantes qui tranchent étrangement avec l’intelligence et la finesse que dégage le garçon. Voici la leçon n°8, où Stromae fait semblant d’expliquer avec quelle facilité il a créé « Alors on dance ».

C’est donc avec une grande décontraction que Stromae nous parle de stress au travail et de l’impérieux besoin de l’évacuer par tous les moyens.

C’est avec moins de décontraction que la justice a diligentée une enquête pour comprendre les causes , notament organisationnelles, des suicides chez France Télécom (11 nouveaux cas sur le premier trimestre de janvier 2010). Les enquêteurs vont-ils aller dans les bars et boites de nuit pour interviewer les salariés ?

La chanson de Stromae a été en Une des charts européens en 2009. Un plébiscite qui aurait pu être interprété comme un appel à l’aide, de même que les sondages qui, il y a un an déjà, révélaient que 4 salariés sur 10 se disaient stressés .

Mais, pour le moment, on évacue bien vite le problème général du stress au travail et on préfère se focaliser sur le cas de France Télécom. C’est bien dommage, le stress et la souffrance au travail est une maladie professionnelle qui touche la quasi-totalité des organisations et contre laquelle tous les acteurs du monde de l’entreprise devraient massivement se mobiliser.

Stress

Abonnez-vous à la Newsletter !
A la Une

Bertrand Delanoe à St Jean de Braye »

Bertrand-delanoe

Bertrand Delanoé tiendra un meeting à la salle des fêtes de St Jean de Braye, jeudi 23 février 2012, à…

21 fév 2012 / 2 Commentaires / Lire la suite...

Orléans a fendu la glace… »

Orléans pris dans le froid, fev-2012

C'était beau, la Loire, sous la neige.…

19 fév 2012 / / Lire la suite...

Le diable est dans les détails… »

Place Ste Croix - détail

Le diable est dans les détails… Enfin, c’est ce qu’on dit, aux pieds de la cathédrale….…

18 fév 2012 / / Lire la suite...

Agenda

  • CINÉ/DÉBAT au 108 / Les nouveaux verrous de la société avec OWNI + film " PUNISHMENT PARK" le 24 fév 2012 19:00
  • LA RUMEUR + FRED D'ORLINZ TRUBLION & SUPAFUH + ALI'M PHANTOM • jeudi 5 avril, à 20:30, à Le Bouillon. le 05 avr 2012 20:00
Web-TV L'actualité d'Orléans en vidéo vue par Côté Boulevard sur youtube.com/coteboulevard
Sur Facebook

Archives

Flux RSS

=