Categorie des archives pour: Cinéma

Films de la semaine : MILLENIUM, J. EDGAR, ICI-BAS, PARLEZ-MOI DE VOUS

POLAR HAUT DE GAMME, BIOPIC FOISONNANT, EXALTATION AMOUREUSE ET QUETE IDENTITAIRE

Cette semaine, je vous invite à savourer un polar scandinave à la sauce hollywoodienne, un biopic eastwoodien très dense, un mélodrame amoureux durant l’Occupation et une comédie grave sur une recherche identitaire.

MILLENIUM : LES HOMMES QUI N’AIMAIENT PAS LES FEMMES

Comme on pouvait s’y attendre, David Fincher signe avec Les hommes qui n’aimaient pas les femmes un polar haut de gamme. Remake américain du film du danois Niels Arden Opiev sorti en 2009, et surtout nouvelle illustration du premier opus de la célébrissime trilogie culte du suédois Stieg Larsson Millenium, ce long-métrage offre à l’auteur de Zodiac et de Panic room une nouvelle occasion de montrer tout son savoir-faire visuel.
Il restitue avec méticulosité et fidélité l’univers trouble, violent et dépressif du roman en soignant comme jamais les ambiances postmodernes métalliques qu’il affectionne et en créant un climat insulaire particulièrement angoissant. Bien servi par la superbe photographie du chef-opérateur Jeff Cronenweth et le rock industriel de Trent Reznor, il déroule sans temps mort un long thriller haletant, anxiogène et stylisé qui supplante sans coup férir la très recommandable version suédoise. Si Rooney Mara ( aperçue dans la scène d’ouverture mémorable de The Social Network ) ne peut faire oublier malgré son talent la magnétique Noomi Rapace en incarnant Lisbeth Salander, Daniel Craig est vraiment convaincant en Mikael Blomkvist, le héros fatigué mais acharné.

J. EDGAR

j. Edgar Leonardo DicaprioPour son trente-deuxième film, notre cher quasi-octogénaire Clint Eastwood s’attaque à un biopic foisonnant et dense avec ce récit de la vie et de l’œuvre de John Edgar Hoover, créateur d’un FBI qu’il dirigea pendant cinquante ans. D’une matière aussi imposante, le scénariste d’Harvey Milk Dustin Lance Black isole tour à tour des éléments politico-sociaux dont il sait rendre les enjeux lisibles et un portrait plus intimiste de l’homme et de ses proches.
Mais Eastwood a suffisamment de métier et de talent pour livrer, avec son impeccable élégance et son sens certain de la narration, une œuvre forte et complexe éclairant les zones d’ombre d’un pays et de ses protagonistes avec sa rigueur et son pur classicisme. Comme à l’accoutumée excellent directeur d’acteurs, il obtient le meilleur d’un Léonardo Di Caprio avec lequel il n’avait pas encore travaillé et surtout de la jolie blonde Naomi Watts, très à son aise en Helen Gandy la secrétaire dévouée et sacrifiée.

ICI-BAS

celine-sallette-ici-basCe n’est que le sixième film de Jean-Pierre Denis en un peu plus de trente ans de carrière. Il a choisi d’éclairer un fait divers tragique de l’Occupation. En 1943, à Thiviers en Périgord, une jeune religieuse, Sœur Philomène, vit une un intense début de passion amoureuse avec Martial, séminariste engagé dans la Résistance. Il recule tout à coup et provoque chez elle une réaction aux terribles répercussions.
L’auteur subtil et tranchant de La Palombière et des Blessures assassines signe une œuvre remarquablement sobre et frémissante d’intériorité. Il dépeint avec une grande justesse la naissance de l’exaltation amoureuse, interroge avec intelligence les relations entre le profane et le sacré et soigne une reconstitution historique et régionale tout en nuances. Il peut s’appuyer sur le formidable duo d’acteurs constitué par le réalisateur-interprète Eric Caravaca ( La chambre des officiers ) et la lumineuse Céline Sallette ( Meurtrières, L’Apollonide ). Un très beau film.

PARLEZ-MOI DE VOUS

parlez-moi-de-vousSous couvert de mélodrame psychologique, ce premier film français manie ironie et gravité au sein d’une comédie de mœurs avec une certaine justesse. Au centre du long-métrage, le personnage de Mélina, animatrice vedette d’une émission nocturne de confidence. Karin Viard incarne cette Macha Méril de fiction, femme seule, froide et antisociale à la ville avec l’abattage et la sensibilité qu’on lui connaît.
Abandonnée par sa mère enfant, elle va se lancer dans une découverte progressive de la mère retrouvée sans dévoiler son identité. Et vivre une relation sentimentale compliquée avec Lucas, le petit-fils par alliance de sa génitrice. Tout cela est assez bien écrit et réalisé par Pierre Pinaud, qui réussit à nous émouvoir et à nous surprendre au gré des rebondissements de l’intrigue. Mais les ruptures de ton sont parfois un peu maladroites et l’ensemble manque souvent d’acuité psychologique, à l’image du personnage bien prévisible de Lucas, que Nicolas Duvauchelle interprète en nous ressortant son numéro de beau gosse boudeur.

Les films Millenium et Ici Bas sont à l’affiche de nos partenaires et amis du Cinéma des Carmes.

Les horaires des salles de cinéma sur Orléans sont à cette adresse. Retrouvez toutes les chroniques cinéma à l’adresse http://gob.coteboulevard.com

Films de la semaine : UNE VIE MEILLEURE, LOUISE WIMMER, LA COLLINE AUX COQUELICOTS, TAKE SHELTER

DRAMES SOCIAUX, JAPANIMATION ET PARANOIA AMERICAINE : cette semaine, je vous invite à découvrir deux drames sociaux français jouant pour l’un la carte du romanesque et pour l’autre le constat au ras de la réalité. Mais aussi le nouveau cadeau que nous font les studios japonais Ghibli, et pour finir un superbe film sur les névroses individuelles et collectives de l’Amérique.

UNE VIE MEILLEURE

Une vie meilleureEn nous narrant une histoire d’amour touchante et crédible sur fond de crise économique et financière et de surendettement, Cédric Kahn signe une œuvre forte bien dans l’air du temps. Le réalisateur de L’Ennui et de Roberto Succo dépeint les dysfonctionnements de la société avec minutie, réalisme et lucidité, sans perdre de vue la tonalité romanesque de son récit.
Les deux acteurs incarnant ce couple d’amoureux voyant se briser leurs espoirs sociaux sont pour beaucoup dans la sympathie que l’on éprouve pour ce film tout à la fois tendre et d’une grande noirceur. Saluons donc un Guillaume Canet sobre et dynamique et une Leila Bekhti tout en vitalité charmante et en douleur retenue.

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LOUISE WIMMER

LOUISE WIMMERPour sa première fiction, le documentariste Cyril Mennegun marche sur les traces du naturalisme de Pialat et surtout du Rosetta des frères Dardenne. Louise Wimmer a la cinquantaine et a tout perdu après son divorce. Elle travaille à temps partiel comme femme de ménage et dort dans sa voiture. Mennengun signe un récit cruel et dérangeant en forme de constat sur la précarité contemporaine, et il le fait sans pathos par le biais d’une allégorie sensible sur la survie. Corinne Masiero, actrice inconnue, met toute son énergie et sa conviction au service de ce personnage debout et fier qu’on n’ait pas prés d’oublier.

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LA COLLINE AUX COQUELICOTS

LA COLLINE AUX COQUELICOTSPour la seconde fois, le chef de file et vétéran de l’animation japonaise Hayao Miyazaki ( Nausicaa, Totoro, Mononoke et Chihiro ) confie un projet qu’il a initié via ses studios Ghibli à son fils Goro. Situé dans le Yokohama des années 60, La Colline aux coquelicots restitue la jolie relation d’amitié et d’amour entre les deux jeunes lycéens Shun et Umi sur fond de secret familial.
Moins enlevé que son premier film Les contes de Terremer, celui qui nous occupe aujourd’hui n’en est pas moins un plaisant récit d’initiation n’hésitant pas à s’aventurer sur les rives du mélodrame ténu. Mais l’ensemble manque de rythme, d’enjeux dramatiques forts, de relief et de poésie.

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TAKE SHELTER

TAKE SHELTERNouveau film d’auteur à évoquer le thème très tendance en cette année 2012 de la fin du monde après le Melancholia de Lars Von Trier et Le cheval de Turin de Bela Tarr, Take Shelter nous immerge dans l’esprit d’un ouvrier américain travaillé par des visions d’apocalypse et s’acharnant à isoler sa famille dans un abri anti-tornade contre toute raison. Après le polar sec et amer que constituait l’excellent Shotgun Stories, Jeff Nichols réussit un film en tout point admirable.

Visuellement somptueux, naviguant avec bonheur entre réalisme et onirisme, utilisant superbement la musique de Tears For Fears, le long-métrage est un pur moment de poésie nihiliste contrariée par d’émouvants instants exaltants de tendresse entre ses personnages fragiles. Il est littéralement porté par le stupéfiant Michael Shannon ( Bug de Friedkin, Les noces rebelles de Sam Mendes et Shotgun Stories ) et la troublante Jessica Chastain ( Tree of life de Terrence Malick ).

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Vous pouvez voir les films Une vie meilleure, Louise Wimmer et Take Shelter dans les salles de nos partenaires du Cinéma des Carmes.

Je vous signale que notre vrai seul cinéma d’art et d’essai à Orléans programme aussi les films de l’annuel festival Télérama des meilleurs œuvres 2011, et que quatre parmi les sept proposées font partie de mon top ten perso : Drive, Une séparation, Le Havre, La piel que habito.

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Films à l’affiche cette semaine

CONTE INITIATIQUE, BOHNEUR POETIQUE, CHAIR TRISTE, AMOUR IMPROBABLE,ETUDE DE L’HYSTERIE ET HUIS-CLOS CRUEL

Pour vous et uniquement pour vous amis lecteurs, un petit panorama des six films que j’ai vu durant les derniers jours de 2011. Et en bonus, la liste de mes dix longs-métrages préférés de l’année écoulée. Je vous souhaite à tous du bonheur dans vos vies et de grands films devant vos yeux pour 2012.

 

HUGO CABRET

D’un roman à succès pour la jeunesse, Martin Scorsese a tiré un gentil conte initiatique qui ne convainc que par intermittences. Dans ces meilleurs moments, le film use avec brio technique et intelligence d’une 3 D particulièrement spectaculaire et immersive et de son superbe décor de Gare Montparnasse début de siècle.

Pour le reste, il nous faut subir un récit sans relief et bavard illustré de façon bien mollassonne. Loin du potentiel poétique de cette charmante histoire de filiation, l’auteur de Taxi Driver et Les Affranchis semble ne s’intéresser qu’à l’hommage que l’œuvre rend aux premiers temps du cinéma et à Georges Méliés de manière bien compassé. Si Ben Kingsley est convaincant en Méliés, on en dira pas autant des deux jeunes interprètes Asa Butterfield et Chloé Grace Moretz.

 

LE HAVRE

Quel bonheur que de retrouver, dans ce film tourné dans la cité portuaire normande, l’univers poétique chaleureux et décalé du finlandais Aki Kaurismaki. Humour pince sans-rire, gravité sociale toute emplie de tendresse, sens inné du mélodrame baroque, personnages finement dessinés en demi-teinte sont au rendez-vous de ce long-métrage subtilement émouvant et dont le visuel suranné étincelle. L’interprétation est à l’unisson avec un André Wilms rare à l’écran débordant d’humanité, un Darroussin étonnant en flic sombre et amer, et le jeune Blondin Miquel confondant de naturel. On ressort revigoré de ce nouvel opus du cinéaste de Au loin s’en vont les nuages et L’homme sans passé.

 

SHAME

Portrait froid, clinique et précis d’un sex addict américain jeune, friqué et consumériste dont la vie s’articule autour de sa dépendance charnelle, Shame est le second film de l’artiste conceptuel irlandais Steve Mac Queen après le dérangeant Hunger. Ici, les rapports humains sont marqués du sceau de la marchandisation, du cynisme et de la brutalité, et le sexe est une cérémonie douloureusement répétitive brillamment montrée mais jamais excitante.

La star montante Michael Fassbender ( Eden Lake, Fish Tank, X Men le commencement ) offre sa séduction animale à ce personnage opaque soudain confronté à l’irruption chez lui d’une sœur perdue de  vue incarnée par la mignonne et magnétique blonde du Drive de Nicolas Winding Refn, Carey Mulligan.

 

LA DELICATESSE

Les frères David et Stéphane Foenkinos ont choisi pour leur début au cinéma de porter à l’écran un roman apprécié du public du premier. Et livre un film assez élégant, sensible et juste psychologiquement sur les méandres de la naissance d’un vrai sentiment amoureux entre deux personnes que tout sépare.

Tout part d’un improbable baiser entre la craquante brune Audrey Tautou et le dégarni et pas très beau François Damiens pour aboutir à une chronique très douce nappée d’intimisme infime sur les vertus et le charme de la prévenance et de la tendresse masculine. Les deux interprètes principaux sont parfaits et l’inénarrable comique belge François Damiens nous bluffe dans son contre-emploi.

 

A DANGEROUS METHOD

David Cronenberg s’appuie sur un scénario assez sage et des dialogues ciselés mais un peu pontifiants que le dramaturge britannique Christopher Hampton (Les liaisons dangereuse de Stephen Frears ) a tiré de sa propre pièce. Il illustre les relations se nouant entre Sigmund Freund et son disciple Carl Jung dans l’Allemagne début de siècle. Entre eux et au cœur de leurs travaux sur l’hystérie et les maladies mentales, leur patiente Sabina Spielrein.

Le cinéaste de Faux semblants et de Crash film l’hystérie et ses stigmates de façon frontale et sèche dans ce film sobre et froidement clinique. Le trouble peine à s’installer dans cette œuvre douloureuse sur l’impossibilité à vaincre les tourments de l’âme humaine. Le trio d’acteur (Mortensen, Fassbender, Knigthley ) est  impeccable.

 

CARNAGE

Roman Polanski a choisi de porter à l’écran une pièce de l’auteur français Yasmina Reza Le Dieu du carnage, afin de construire un de ces huis clos cruel qu’il affectionne. Mais l’auteur de Rosemary’s baby et de Chinatown est en  petite forme et il s’appuie sur son excellent quatuor d’acteur (Reilly, Foster, l’allemand oscarisé pour Inglorious Basterds Waltz, Winslet) pour rendre une copie élégante mais sans relief sur l’affrontement de ces deux couples se retrouvant pour régler une petite histoire privée et finissant par se déchirer à coup de dialogues vachards.

 

MES 10 MEILLEURS FILMS POUR 2011

1 – Il était une fois en Anatolie Nuri Bilge Ceylan  TURQUIE

2 – Une séparation Asgar Farhadi  IRAN

3 – La piel que habito Pedro Almodovar  ESPAGNE

4 – Drive Nicolas Winding Refn  U S A

5 – Le Havre Aki Kaurismaki  FRANCE

6 – L’étrangère Féo Aladag  ALLEMAGNE

7 – Pater Alain Cavalier  FRANCE

8- Essential Killing Jerzy Skolimovski G-B

9 – Le discours d’un roi Tom Hooper G-B

10 – Tomboy Celine Sciamma  FRANCE

 

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UN TABLEAU DELICAT, DE LA S F ALLEGORIQUE, DES PORTRAITS DE FEMMES ET UNE FANTAISIE SENTIMENTALE

Au programme de cette chronique cinéma, un joli film d’animation à l’ancienne, une fable d’anticipation à l’américaine, une histoire de femmes et des petites scènes sentimentales à la française.

LE TABLEAU

le tableau, de Jean-francois Laguionie

Le tableau, de Jean-francois Laguionie

Quatrième rendez-vous avec le cinéma d’animation poétique et humaniste de Jean-François Laguionie depuis 1985 et son Gwen le livre des sables, ce film tient toutes ses promesses.
Les Toupins, les Pafinis et les Rofs sont la population hiérarchisée selon son degré de finition d’un tableau mettant en scène un paysage nocturne luxuriant peint par un artiste mystérieux. Deux amants contrariés, lui Toupin, elle Pafinie, découvrent qu’ils peuvent aller d’une œuvre à l’autre dans l’atelier et décident de partir avec des acolytes à la recherche du peintre. A cette très jolie idée de départ, l’auteur du Château des singes et de L’ile de Black Mor ajoute le récit de la dispute amoureuse entre le peintre et un modèle nu aimé autrefois.
Et construit un univers graphique en 2 D chatoyant dans lequel évoluent des personnages gracieux. Le décor est très soigné avec sa palette de couleurs franches et sa dimension par moments très spectaculaire comme dans la scène de la poursuite à Venise. Le scénario se retrouve parfois un peu en panne, mais l’ensemble constitue un dessin animé brillant qui évoque dans ses meilleurs passages Le roi et l’oiseau de Paul Grimault.

 

TIME OUT

time-out de Andrew Niccoll

Time Out de Andrew Niccoll

Dans un futur plus ou moins lointain, la génétique permettant de ne plus vieillir après vingt-cinq ans, les individus se retrouvent avec un compteur numérique au poignet fonctionnant à rebours dans lequel on injecte un capital temps se payant au prix fort. Les prolos doivent donc trimer dur pour avoir le droit de vivre pendant que les riches peuvent s’offrir l’immortalité. Un jeune ouvrier accusé à tort de meurtre enlève une fille de banquier qui va devenir sa petite amie et braquer avec lui les banques du temps pour le redistribuer au plus pauvre.
Sur ce canevas de science-fiction allégorique sur fond de critique sociale et de réflexion politique, le néo-zélandais Andrew Niccoll livre une assez plaisante série B. L’action riche en rebondissements est bien menée mais le propos est assez bavard et les personnages souvent caricaturaux. L’esthétique un peu chic et toc achève de tirer le film plus vers le The Island de Michael Bay que vers le remarquable Fils de l’homme de Alfonso Cuaron. Dommage pour l’auteur d’un des fleurons de l’anticipation à concept avec Bienvenue à Gattaca en 1998 et surtout de ce régal de cynisme et de lucidité qu’était le génial Lord of war en 2005. Le chanteur Justin Timberlake, que le Social Network de Fincher a révélé, et la mignonne Amanda Seyfried, qui éclipsait Megan Fox dans le Jennifer’s Body de Karyn Kusuma, ont l’air d’y croire.

 

LES ADOPTES

Les adoptés, Melanie Laurent

Les adoptés, Melanie Laurent

Mélanie Laurent est une jolie jeune femme qui cultive une évanescence se voulant glamour, souvent agaçante quand elle parle ou qu’elle chante. Mais c’est aussi une bonne actrice qui tourne beaucoup et fait régulièrement de bons choix ( Je vais bien ne t’en fais pas de Lioret ou Inglorious Basterds de Tarantino ). On l’attendait donc au tournant avec cette première réalisation qu’elle dit avoir longuement préparé et réfléchi.
A l’arrivée, on se trouve donc face à une comédie dramatique bien écrite par la dame et ses complices Perez et Deslandes, finement interprétée par un casting bien choisi et toujours juste ( la réalisatrice en personne, la touchante Marie Denardaud, la piquante Audrey Lamy, la toujours pétulante Clémentine Célarié et la révélation du petit Théodore Maquet-Foucher ), mais un peu plombée par une réalisation artificielle à l’esthétisme forcené qui prive le film de l’impact émotionnel et sensible qu’impliquait le scénario. Reste donc le joli portrait d’une famille de femmes déstabilisée par l’amour et la maladie se reconstruisant dans l’acceptation de l’autre.

L’ART D’AIMER

L'art d'aimer, Emmanuel Mouret

L'art d'aimer, Emmanuel Mouret

Depuis Laissons Lucie faire en 2000 jusqu’à Fais-moi plaisir en 2009, l’acteur et réalisateur Emmanuel Mouret nous gratifie d’un cinéma léger et charmant qui tente d’établir une jonction entre l’œuvre de Tati et celle de Rohmer dans un souci constant de perpétuer la tradition du marivaudage à la française. Dans ce septième opus, il a choisi de faire alterner de façon arbitraire plusieurs histoires inégalement développées qui décrivent toutes la naissance du sentiment amoureux.
On est bien chez Mouret avec cette petite comédie humaine des faux-semblants, des stratagèmes, des ruses et des passions liés aux élans du cœur. Et la partition très écrite sur le désir contrarié est portée comme toujours par de formidables acteurs ( Cluzet, Godréche, Julie Depardieu, Arbillot, Stocker et Bel). Mais l’ensemble est plus appliqué et moins convaincant qu’à l’accoutumée, le film manquant de la profondeur, de la fantaisie caustique et de la poésie qui caractérisaient Venus et Fleur en 2004, sa meilleure œuvre à ce jour.

 

Chronique cinéma #24

Les lecteurs de Côté Boulevard ne le savent pas, mais c’est moi qui met en ligne les chroniques cinéma écrites par GOB (un peu flemmard sur ce coup-là !). 
J’ai oublié de mettre en ligne la chronique qu’il m’a envoyé il y a 2 semaines ce qui a laissé ses supportes et lecteurs dans un grand désarrois : qu’allait-on pouvoir regarder au ciné, sans son aide précieuse ? Je présente donc mes excuses… promis, je ne recommencerai pas… enfin, pas tout de suite :)
Bonne lecture à Toutes et à Tous et… place au Cinéma !
Miguel

 

DU CINEMA SOCIAL FRANÇAIS

Dans le sillage de l’incroyable succès de la comédie sociale chaleureuse de Toledano et Nakache Intouchables, le cinéma français s’offre cette semaine une petite virée en trois temps au pays des fictions militantes et de la solidarité souriante.

TOUTES NOS ENVIES

Marie Gillain et Vincent Lindon, Toutes nos envies

Marie Gillain et Vincent Lindon, Toutes nos envies

Cinéaste discret et engagé auteur de quelques petits joyaux intimistes comme Mademoiselle ou Je vais bien ne t’en fais pas, Philippe Lioret nous avait laissé sur la réussite totale de son beau mélodrame militant Welcome. Son retour se fait avec une adaptation libre de la très belle fiction du réel constituée par D’autres vies que la mienne d’Emmanuel Carrére.
Jeune juge idéaliste au tribunal de Lyon s’occupant d’affaires de surendettement, Claire décide d’aider la mère d’une camarade de classe de sa fille en faisant appel à son collègue Stéphane et en prenant en charge les enfants de l’inculpée. Elle apprend qu’elle est atteinte d’une tumeur au cerveau. Sur ce canevas de mélo médical sur toile de fond sociale cruelle, Lioret brode une œuvre un peu moins convaincante que les précédentes. En effet, quelques effets dramatiques appuyés, quelques invraisemblances et une intrusion parfois un peu laborieuse du réel dans la fiction, affaiblissent un peu le film. Mais le metteur en scène nous ravit toujours par son habileté à faire résonner dans son récit cette petite musique pudique et délicate qui le caractérise si bien. Cette partition juste et touchante étant mise en valeur à merveille par les acteurs très impliqués que sont Marie Gillain, Vincent Lindon, Amandine Dewasme et Yannick Rénier.

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L’ORDRE ET LA MORALE

Matthieu Kassovitz, l'ordre et la morale

Matthieu Kassovitz, L'ordre et la morale

Septième film seulement en plus de vingt-cinq ans de carrière pour Matthieu Kassovitz réalisateur, l’Ordre et la Morale revient sur l’affaire dite de la grotte d’Ouvéa : le 22 Avril 1988, des indépendantistes kanaks attaquent une gendarmerie dans cette ile de Nouvelle-Calédonie, tuant quatre gendarmes et en capturant vingt-sept, et le 5 Mai, l’armée française donne l’assaut à la grotte dans laquelle ils sont maintenus prisonniers perdant deux hommes et tuant vingt-trois rebelles dont certains l’auraient étés après leur reddition. L’auteur de La Haine a choisi de s’appuyer sur le récent livre témoignage de Philippe Legorjus, chef du groupe d’intervention de la gendarmerie nationale sur place à l’époque, pour construire une fiction polémique avec un souci constant d’analyse historique.
Mais son long-métrage rate finalement cet objectif trop bavard et manichéen qu’il est, présentant une caste militaire bien caricaturale et sanctifiant les militants kanaks en héros positifs. Plus juste est la vision du président Mitterrand et du premier ministre Chirac voulant montrer leur inflexibilité politique entre les deux tours de la présidentielle. Restent les nombreuses scènes d’action que Kassovitz veut emballer à l’américaine et qu’il surcharge le plus souvent en effets spéciaux lourdingues et musique indigeste. Malgré son talent intact d’acteur à incarner un Legorjus crédible dans sa foi et ses doutes, il faut bien admettre qu’à l’instar de Gothika et Babylon AD la déception est de nouveau de mise.

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LES NEIGES DU KILIMANDJARO

les neiges du Kilimandjaro, Jean-Pierre Darroussin

Jean-Pierre Darroussin, Les neiges du Kilimandjaro

Depuis son Dernier Eté en 1981, Robert Guédiguian nous gratifie de son cinéma social militant et chaleureux avec une générosité sans pareil. Pour son dix-septième film, il s’est inspiré d’un poème de Victor Hugo Les pauvres gens pour parler de ces quinquas de gauche issus de la classe ouvrière considérés comme des bourgeois par la jeune génération prolétaire. Retournant planter sa caméra dans le quartier Nord de Marseille de l’Estaque, il retrouve une nouvelle fois sa tribu talentueuse ( Darroussin, Ascaride, Meylan ).
Rythmé par la ritournelle des sixties de Pascal Danel, son hymne à la fraternité syndicale et familiale, à l’entraide vis-à-vis des plus faibles et des plus démunis, au vertu du collectif, cite Renoir et Pagnol et assume son esthétisme daté et une bonne conscience politique comme souvent bien gentillette. En effet, comment croire à cet ouvrier qui se fait tirer au sort volontairement pour se retrouver sans emploi par solidarité, à ce couple confronté à la violence physique de délinquants nouveaux pauvres et prenant en charge les enfants de l’un d’eux. Mais malgré quelques défauts et redites un peu irritants, le film convainc par son humanisme lyrique, sa poésie discrète, son amertume transfiguré par la foi en l’homme à l’heure des bilans et des remises en question. Et comme toujours chez l’auteur de Marius et Jeannette et La ville est tranquille, c’est les interprètes qui tirent l’œuvre vers le haut avec leur si réjouissante complicité dans laquelle se coule sans encombre les petits nouveaux ( Grégoire Leprince-Ringuet et Anais Demoustiers ).

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Films à l’affiche cette semaine…

UN VOYAGE EN ANATOLIE, UNE PLONGEE AU CŒUR D’UNE PANDEMIE ET UNE COMEDIE AUTOUR DU HANDICAP

Cette semaine, je vous invite à un voyage initiatique et métaphysique sur le plateau de l’Anatolie, à suivre la description quasi-clinique d’une pandémie mortelle et enfin à déguster une comédie revigorante sur le handicap.

 

IL ETAIT UNE FOIS EN ANATOLIE

Grand prix du dernier festival de Cannes dont il aurait du décrocher la Palme attribuée au pensum new-age boursouflé de Terrence Malick Tree of life, il était une fois en Anatolie est le septième film du cinéaste turc Nuri Bilge Ceylan. A partir du très long voyage nocturne en voiture d’un commissaire, d’un procureur, d’un jeune médecin et d’un assassin présumé vers l’endroit qui dissimulerait le corps de la victime, le cinéaste construit un étincelant suspense mental, une œuvre triste, belle et profonde sur des individus tout de lassitude et de douloureuses interrogations.

Et le récit distend sa narration avec une rare audace en offrant au spectateur de lentes révélations sur le moi intime et les motivations de personnages jamais jugés. Parsemé d’images magnifiques, d’une beauté plastique impressionnante et d’une acuité psychologique constante, ce conte social dostoievskien est aussi un vivifiant regard sur la Turquie contemporaine. Après les sublimes Uzak en 2004 puis Les climats en 2007, Bilge Ceylan confirme, avec ce chef-d’œuvre absolu touchant de douce mélancolie, qu’il s’inscrit dans la lignée des très grands cinéastes moraux qu’étaient Bergman, Antonioni, Bresson ou Tarkovski.

 

CONTAGION

Pour son vingt-troisième film en vingt-deux ans de carrière, Steven Soderbergh s’est attelé à une sorte de thriller bactériologique nous contant la naissance et la propagation d’une grippe inconnue, mortelle et très virulente. Prenant le contre-pied des films de zombies, de nouveau très à la mode depuis une dizaine d’années et le 28 jours plus tard de Danny Boyle, mettant en scène des créatures infectées par des virus aux causes diverses, le cinéaste américain a choisi de traiter son sujet de façon quasi-documentaire, ultra-réaliste et anti-spectaculaire. On a donc l’impression de se trouver face à une investigation journalistique décrivant l’évolution au quotidien d’une pandémie évoquant les grippes A ou H1-N1.

Le problème, c’est que pour nous restituer les réactions des autorités sanitaires et sociales et des individus à cette situation dramatique et le combat vain qui s’ensuit, le réalisateur de Erin Brockovitch use d’un classicisme pépére et d’un scénario précis mais sans affects. Cela donne donc une œuvre plate et assez ennuyeuse, un objet visuel léché dépourvu de toute émotion avec suspense artificiel autour de l’origine du virus. On regarde donc défiler les stars ( Matt Damon, Jude Law, Gwynneth Paltrow, Marion Cotillard ou Lawrence Fishburne ) pour passer le temps.

 

INTOUCHABLES

intouchablesOn pouvait légitimement tout craindre de ce quatrième film du duo Toledano-Nakache ( Nos jours heureux, Tellement proches ), au vu de son sujet sociétal édifiant ( le bourgeois handicapé et le black de banlieue ) et de son buzz médiatique ultra-favorable très habilement entretenu depuis des semaines. A l’arrivée, Intouchables est incontestablement une réussite, qui doit autant à un scénario de Matthieu Vadepied ( Sur mes lèvres de Jacques Audiard ) mariant drame et humour avec une vraie liberté et une réelle légèreté de ton, qu’à des choix de mise en scène souvent élégants.

Dialogues bien écrits et pleins d’humour, personnages justes, situations et gags n’hésitant pas à jouer par moments la carte du caustique et du grinçant, émotion bien présente mais jamais racoleuse caractérisent ce long-métrage évitant les pièges du politiquement correct. Et puis, il y a cette rencontre unanimement célébré à l’alchimie d’emblée évidente entre un Cluzet plus sobre mais toujours aussi intense et un Omar Sy en équilibre constant mais parfait entre en faire trop ou pas assez.         

 

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chronique cinoche de GOB #22

UNE PEINTURE POLITIQUE SOUS TENSION, UNE CHRONIQUE POLICIERE A VIF ET UN TINTIN NUMERIQUE TRES CONVAINCANT

L’EXERCICE DE L’ETAT

l-exercice-de-l-etat Troisième film de Pierre Schoeller après Zéro défaut et surtout l’inconfortable Versailles, voici une œuvre tout à la fois brillante, dense et surprenante. A travers le récit des tribulations du ministre des Transports Bertrand Saint-Jean confronté à un fait divers tragique qui va faire basculer sa carrière politique, le cinéaste signe un thriller tout de tension et de climat sonore assourdissant qui nous happe tel le crocodile de l’étonnante séquence d’ouverture pour ne plus nous laisser respirer.

Portrait efficace de l’appareil d’état, festival de machination, coups-bas et montages médiatiques, L’Exercice de l’Etat illustre avec précision et sobriété le quotidien de personnages ni vraiment bons ni vraiment mauvais confrontés à leur propre détermination. Porté par le duo d’acteur impressionnant formé par Olivier Gourmet et Michel Blanc, le film réussit à former un tout élégant et inquiétant en préservant sa bizarrerie de départ.

 

 

POLISSE

polisse

polisse

Après deux films narcissiques et assez artificiels très surestimés par nombre de critiques ( Pardonnez-moi et Le bal des actrices ), Maiwenn Le Besco s’impose avec ce long-métrage très remarqué au dernier festival de Cannes. Immersion sèche et brutale dans le quotidien de la Brigade de Protection des Mineurs à travers le reportage d’une photographe mandatée par le ministère interprétée par la réalisatrice, Polisse se distingue par un scénario vraiment très juste et par une énergie de chaque instant s’incarnant dans l’interprétation fiévreuse d’une troupe d’acteurs épatants ( de Karin Viard à Marina Fois en passant par Nicolas Duvauchelle, Sandrine Kiberlain ou un étonnant et émouvant Joey Starr ).

Points de vue divers et sous-intrigues habiles nourrissent un sujet puissant imprégné tout à la fois de pessimisme cruel et d’espoir bien réel. La noirceur totale d’abjectes affaires de mœurs met en relief les difficultés de la vie privée de ces flics très particuliers. Ceci étant dit, le long-métrage a des défauts. Le prétexte d’hyperréalisme social déguisé en fiction n’excuse pas la quasi-absence de choix et d’esthétique cinématographique. Et puis Maiwenn se laisse aller à quelques boursouflures mélodramatiques insistantes, ses personnages frise parfois la caricature et surtout elle nous inflige quelques séquences sentimentales assez bidons. Elle n’égale donc ni ne dépasse le Police de Pialat dont elle se revendique et encore moins la référence que reste le superbe L 627 de Tavernier.

 

 

LES AVENTURES DE TINTIN : LE SECRET DELA LICORNE

Tintin-spielberg La soixantaine bien entamée à présent, Steven Spielberg s’offre la concrétisation d’un projet vieux de trente ans : adapter au cinéma les aventures de Tintin auxquelles son Indiana Jones doit tant. Pour cela, il a demandé aux scénaristes Steven Moffat et Edgar Wright ( réalisateur de Shaun of the dead ) de s’inspirer des albums Le secret de la Licorne, Le Trésor de Rackham le rouge et Le crabe aux pinces d’or. Et a confié l’habillage et les trucages numériques du film aux néo-zélandais de la société WETA DIGITAL crée par Peter Jackson par ailleurs coproducteur et futur réalisateur du second opus à venir. Après avoir prouvé leur savoir-faire sur la trilogie du Seigneurs des anneaux, Avatar ou plus récemment La planète des singes : les origines, ils brillent de nouveau avec ce long-métrage entièrement conçu en 3D numérique et recréant un univers visuel très fidèle dans sa forme, ses couleurs, ses décors réalistes et le physique de ses personnages aux bandes-dessinées du belge Hergé.

Spielberg a choisi d’en passer par la motion capture pour concocter une œuvre d’animation pouvant bénéficier de la gestuelle de véritables et très bons acteurs ( Jamie Bell, qui fut Billy Elliott ou Andy Serkis qui incarna numériquement Gollum ou King Kong). Et tout cela fonctionne dans ce divertissement rythmé et haut de gamme dans lequel le cinéaste de La guerre des mondes impressionne une fois de plus par l’ampleur de sa mise en scène, sa science de la profondeur de champ, sa capacité à faire vivre plusieurs actions dans un unique plan trouvant ainsi un équivalent convaincant au mouvement dans les cases dela BD. S’auto-citant avec intelligence et humour, alignant au long d’un récit virevoltant des scènes d’action époustouflantes et bénéficiant d’une musique allègre de son vieux complice John Williams, Spielberg nous enchante en prouvant encore qu’il reste la référence en ce qui concerne les blockbusters ambitieux et de qualité.

 

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Chronique cinoche de GOB #21

UN POLAR EBLOUISSANT,UN REVE DE CINEPHILE ET UN REMAKE SANS AME

  Cette semaine, les salles orléanaises nous offrent un spectacle de choix avec deux films vraiment épatants mais nous imposent malheureusement aussi un remake très dispensable.

 DRIVE

Brillant réalisateur de la très scorsesienne trilogie Pusher et des déroutants Bronson et Le guerrier silencieux, le danois Nicolas Winding Refn nous revient avec son premier film hollywoodien. Couronné d’un prix de la mise en scène plus qu’amplement mérité à Cannes, son polar brutal et poisseux est un pur bonheur de cinéma. Tout à la fois stylisé, contemplatif et onirique, il use d’une violence sèche et construit des instants dramatiques d’une rare intensité.

Jouant très habilement des codes du polar américain classique avec son héros s’engluant peu à peu dans une terrible fatalité criminelle, il étire ou suspend le temps et nous gratifie de quatre ou cinq scènes d’anthologie dont une ouverture d’une incroyable virtuosité. Sous influence Scorsese donc mais aussi celle de Lynch et Cronenberg, magnifiquement servi par deux interprètes principaux totalement magnétiques ( Ryan Gosling et Carey Mulligan ) dont l’histoire d’amour pudique émeut en profondeur, Drive est un film constamment bluffant et inspiré aux choix visuels éblouissants. Ne vous privez pas de ce plaisir.

THE ARTIST

D’un fantasme purement cinéphilique à haut risque, Michel Hazanavicius a tiré un film hommage quasi-miraculeux en forme de déclaration d’amour au septième art. Après avoir pastiché avec talent et un humour décalé le cinoche français des années 50-60 avec ses deux OSS 117, il livre ici un film muet en noir et blanc et au format carré et oublié de 1.33. Faisant le pari du premier degré, il nous bouleverse avec un sublime mélo intemporel qui évoque avec charme et fantaisie le Une étoile est née de Cukor, mais également les drames lyriques de Chaplin, Murnau ou Borzage.

Méticuleuse reconstitution des années 20-30 regorgeant de clichés à la nostalgie surannée  mais pleinement assumée et de références appuyées, le film bénéficie en outre d’une photo et d’une musique originale signée Ludovic Bource d’une exceptionnelle qualité. Le duo d’acteurs, formé par un Jean Dujardin récompensé à Cannes et qu’on n’aurait pu imaginer dans un registre si subtil et profond et la mignonne et touchante Bérénice Bejo, illumine le long-métrage. Mais John Goodman et James Cromwell sont eux aussi parfaits.

  THE THING

S’inscrivant dans la désormais longue lignée de remakes des classiques de l’horreur des années 70-80, The Thing se pose donc comme une prequelle au film réalisé avec brio par John Carpenter en 1982. Mais ne fait qu’en démarquer une intrigue voyant scientifiques et militaires confrontés à une créature extra-terrestre belliqueuse au cœur des solitudes enneigées norvégiennes.

On pourrait dire que pour une première œuvre, Matthijs van Heijningen ne s’en sort pas si mal, signant une série B correcte aux effets spéciaux vraiment très efficaces. Mais force est d’admettre qu’il ne reste plus rien du huis-clos horrifique tétanisant d’origine et de l’épouvante démente et nihiliste de l’auteur de La nuit des masques. A la place, effets appuyés, mystère absent, scénario faiblard chargé en redites inutiles et acteurs falots se débattant dans une histoire bien fastidieuse. Carpenter avait su faire preuve d’originalité à partir du très bon matériau constitué par La chose d’un autre monde de Howard Hawks et Christian Niby (1951 ), van Heijningen se contentant d’un long-métrage appliqué et opportuniste.

Chronique cinoche de GOB #20

films de la semaine à l'afficheCette semaine, le cinéma nous fait rire avec la farce politique de Sylvain Estibal, frissonner avec le polar ultraviolent de Kim Jee- Woon et sortir nos petits mouchoirs avec le mélo néoromantique de Gus Van Sant.

LE COCHON DE GAZA

Le Cochon de Gaza

Le Cochon de Gaza

Ecrit et réalisé par l’écrivain et journaliste français Sylvain Estibal, ce premier film se risque à aborder le thème tragique du blocus de Gaza et du conflit proche- oriental par le biais de la comédie. Et cette joyeuse fable burlesque et inventive remporte son pari humoristique haut la main.
L’histoire de Jafaar, ce marin gazaoui miséreux récupérant dans ses filets un cochon et cherchant à vendre l’animal impur à différents protagonistes de la région, nous vaut quelques situations gratinées et parfois hilarantes. L’œuvre est humaniste et restitue finement une réalité ambiante parano traitant à la farce mais sans l’occulter la violence issue des deux camps. L’ensemble est souvent un peu foutraque mais toujours plaisant.

 

J’AI RENCONTRE LE DIABLE

I SAW THE DEVIL

I saw the devil

Le sud- coréen Kim Jee- Woon œuvre depuis 2004 dans le film de genre avec un réel brio. Après nous avoir offert successivement Deux sœurs, Bittersweet life et Le bon, la brute et le cinglé, il s’attaque ici au thriller psychologique poisseux et hardcore dérivant vers le torture porn. A partir d’un scénario radical et jusqu’au- boutiste voyant un super- flic poursuivre d’une vengeance cruelle et répétitive le tueur en série qui a assassiné sa femme, le cinéaste revendique et assume les excès gore de son grand- guignol macabre.
Et pose les bases d’une réflexion morale sur la justice personnelle, la douleur infligée et la monstruosité en chacun de nous. Choi Min- Sik – l’interprète du Old Boy de Park Chan Wook – est prodigieux en figure du mal insensible à la peur et à la souffrance.

 

RESTLESS

Restless

Restless - Mia Wasikowska

Pour son quinzième long- métrage, Gus Van Sant a choisi une fois de plus de dépeindre les tourments adolescents à travers un mélodrame onirique assez classique. Plus proche de Will Hunting donc que d’Elephant ou Last Days, Restless nous narre l’histoire d’amour rédemptrice entre deux ados néoromantiques enfermés dans leur spleen et leur cynisme nihiliste. Le blondinet éthéré et son double imaginaire et la jolie et fragile cancéreuse promènent leur mal de vivre et leur dandysme douloureux au long d’un récit indolent et un peu vain.
Mais comme toujours chez l’ami Gus, c’est le charme des interprètes ( Henry Hopper et Mia Wasikowska ) et la classe et l’inspiration de la mise en scène qui font du film une réelle réussite. Et ce ton tout à la fois cruel et subtil qui provoque l’émotion et l’empathie avec ces personnages semblant si superficiels et pourtant si attachants.

 

Les horaires des salles de cinéma sur Orléans sont à cette adresse

 

Chronique cinoche de Gob : FIN DE L’ETE ET RETOUR A LA REALITE

GOBAprès de longues semaines d’absence de votre web-journal préféré, votre serviteur est enfin de retour pour vous faire partager ses humeurs cinématographiques. J’espère vous trouver en pleine forme en cet été qui ne cesse de jouer les prolongations, car les films de la rentrée sont comme on dit ancrés dans le réel et pas toujours franchement gais.

LA GUERRE EST DECLAREE

La guerre est declaree

La guerre est declaree - Jérémie Elkaïm et Valérie Donzelli

Second film de l’actrice- réalisatrice Valérie Donzelli après le très mineur et vaguement rohmérien Reine des pommes, ce mélodrame ambitieux et dynamique est vraiment beaucoup plus abouti. Mais n’est pas pour autant le chef-d’œuvre célébré par de nombreux médias. Peinture très nouvelle vague d’un coup de foudre  et de l’histoire d’amour qui s’ensuit, puis de la lutte au quotidien du couple face au cancer de leur premier enfant, le long- métrage joue très habilement des ruptures de ton entre gravité et fantaisie.

      Mis en images avec le dernier cri des appareils photos numériques et usant d’une esthétique et d’une musique un peu branchées, Mlle Donzelli fait preuve de légèreté poétique  et marie avec rythme angoisse et optimisme. De son histoire avec son ex- compagnon Jérémy Elkaim, avec lequel elle partage l’affiche, elle a su tirer une chronique juste, touchante et minutieuse.

 http://www.youtube.com/watch?v=oY7LGzaebMc

PRESUME COUPABLE

Présumé coupable

Présumé coupable, de Vincent Garenq

Vincent Garenq avait signé une petite comédie sociétale au charme très ténu sur un couple homosexuel désireux d’enfants Comme les autres. Il s’attaque ici à un des faits divers les plus médiatisé de ces dernières années : la tristement célèbre affaire d’Outreau. Pour ce faire, il adapte très fidèlement le livre d’Alain Marecaux, un des quatorze accusés ayant clamé tout le temps son innocence.

      Et signe un film ultra- documenté sur la descente aux enfers physique et morale d’un homme accusé à tort. Puissant et sobre, Présumé coupable dépeint à hauteur d’homme les rouages de la machine judiciaire qui dégrade et détruit, avec une sobriété exemplaire. C’est peu dire que la performance de Philippe Torreton, littéralement habité par son personnage, est d’une stupéfiante intensité.

HABEMUS PAPAM

habemus papam

habemus papam, Michel Piccoli

Récit des affres métaphysiques tragi- comiques d’un nouveau pape qui ne voulait pas le devenir, le nouveau film de l’auteur de Journal intime et de La chambre du fils évoque avec pertinence une société qui se cherche du sens en perte de spiritualité qu’elle est.

      Jouant la carte de la farce fellinienne baroque, Nanni Moretti dépeint comme le maestro le spectacle de la religion et la religion spectacle. A travers son personnage de psychanalyste du pape, il fait preuve d’une belle auto- dérision et s’efforce à l’humour parfois grinçant contre la gravité. Et puis il y a Michel Piccoli. En souverain pontife dépressif et fugueur allant à la rencontre du monde, il est impressionnant de présence et d’épaisseur humaine. Et l’on sent bien à quel point Moretti a su utiliser à merveille la mythologie et l’impact propre à l’acteur pour nourrir la densité du personnage.

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Agenda

  • CINÉ/DÉBAT au 108 / Les nouveaux verrous de la société avec OWNI + film " PUNISHMENT PARK" le 24 fév 2012 19:00
  • LA RUMEUR + FRED D'ORLINZ TRUBLION & SUPAFUH + ALI'M PHANTOM • jeudi 5 avril, à 20:30, à Le Bouillon. le 05 avr 2012 20:00
Web-TV L'actualité d'Orléans en vidéo vue par Côté Boulevard sur youtube.com/coteboulevard
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