chronique cinoche de GOB #22
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UNE PEINTURE POLITIQUE SOUS TENSION, UNE CHRONIQUE POLICIERE A VIF ET UN TINTIN NUMERIQUE TRES CONVAINCANT
L’EXERCICE DE L’ETAT
Troisième film de Pierre Schoeller après Zéro défaut et surtout l’inconfortable Versailles, voici une œuvre tout à la fois brillante, dense et surprenante. A travers le récit des tribulations du ministre des Transports Bertrand Saint-Jean confronté à un fait divers tragique qui va faire basculer sa carrière politique, le cinéaste signe un thriller tout de tension et de climat sonore assourdissant qui nous happe tel le crocodile de l’étonnante séquence d’ouverture pour ne plus nous laisser respirer.
Portrait efficace de l’appareil d’état, festival de machination, coups-bas et montages médiatiques, L’Exercice de l’Etat illustre avec précision et sobriété le quotidien de personnages ni vraiment bons ni vraiment mauvais confrontés à leur propre détermination. Porté par le duo d’acteur impressionnant formé par Olivier Gourmet et Michel Blanc, le film réussit à former un tout élégant et inquiétant en préservant sa bizarrerie de départ.
POLISSE
Après deux films narcissiques et assez artificiels très surestimés par nombre de critiques ( Pardonnez-moi et Le bal des actrices ), Maiwenn Le Besco s’impose avec ce long-métrage très remarqué au dernier festival de Cannes. Immersion sèche et brutale dans le quotidien de la Brigade de Protection des Mineurs à travers le reportage d’une photographe mandatée par le ministère interprétée par la réalisatrice, Polisse se distingue par un scénario vraiment très juste et par une énergie de chaque instant s’incarnant dans l’interprétation fiévreuse d’une troupe d’acteurs épatants ( de Karin Viard à Marina Fois en passant par Nicolas Duvauchelle, Sandrine Kiberlain ou un étonnant et émouvant Joey Starr ).
Points de vue divers et sous-intrigues habiles nourrissent un sujet puissant imprégné tout à la fois de pessimisme cruel et d’espoir bien réel. La noirceur totale d’abjectes affaires de mœurs met en relief les difficultés de la vie privée de ces flics très particuliers. Ceci étant dit, le long-métrage a des défauts. Le prétexte d’hyperréalisme social déguisé en fiction n’excuse pas la quasi-absence de choix et d’esthétique cinématographique. Et puis Maiwenn se laisse aller à quelques boursouflures mélodramatiques insistantes, ses personnages frise parfois la caricature et surtout elle nous inflige quelques séquences sentimentales assez bidons. Elle n’égale donc ni ne dépasse le Police de Pialat dont elle se revendique et encore moins la référence que reste le superbe L 627 de Tavernier.
LES AVENTURES DE TINTIN : LE SECRET DELA LICORNE
La soixantaine bien entamée à présent, Steven Spielberg s’offre la concrétisation d’un projet vieux de trente ans : adapter au cinéma les aventures de Tintin auxquelles son Indiana Jones doit tant. Pour cela, il a demandé aux scénaristes Steven Moffat et Edgar Wright ( réalisateur de Shaun of the dead ) de s’inspirer des albums Le secret de la Licorne, Le Trésor de Rackham le rouge et Le crabe aux pinces d’or. Et a confié l’habillage et les trucages numériques du film aux néo-zélandais de la société WETA DIGITAL crée par Peter Jackson par ailleurs coproducteur et futur réalisateur du second opus à venir. Après avoir prouvé leur savoir-faire sur la trilogie du Seigneurs des anneaux, Avatar ou plus récemment La planète des singes : les origines, ils brillent de nouveau avec ce long-métrage entièrement conçu en 3D numérique et recréant un univers visuel très fidèle dans sa forme, ses couleurs, ses décors réalistes et le physique de ses personnages aux bandes-dessinées du belge Hergé.
Spielberg a choisi d’en passer par la motion capture pour concocter une œuvre d’animation pouvant bénéficier de la gestuelle de véritables et très bons acteurs ( Jamie Bell, qui fut Billy Elliott ou Andy Serkis qui incarna numériquement Gollum ou King Kong). Et tout cela fonctionne dans ce divertissement rythmé et haut de gamme dans lequel le cinéaste de La guerre des mondes impressionne une fois de plus par l’ampleur de sa mise en scène, sa science de la profondeur de champ, sa capacité à faire vivre plusieurs actions dans un unique plan trouvant ainsi un équivalent convaincant au mouvement dans les cases dela BD. S’auto-citant avec intelligence et humour, alignant au long d’un récit virevoltant des scènes d’action époustouflantes et bénéficiant d’une musique allègre de son vieux complice John Williams, Spielberg nous enchante en prouvant encore qu’il reste la référence en ce qui concerne les blockbusters ambitieux et de qualité.
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UN TINTIN NUMERIQUE TRES CONVAINCANT : mais trente lignes de critique (?) beaucoup moins convaincantes, au bout desquelles on a envie de demander : « mais alors, quid de Tintin ? »
Le sujet de ce Tintin est le film, le sujet de ce film n’est pas Tintin.
J’ai vu l’Exercice d’Etat.
Très bon film qui montre comment un type un peu comme tout le monde peut renoncer avec cynisme aux quelques idées qu’il a, pour progresser dans sa carrière politique. Très crédible. Je conseille moi-aussi ce film.
Note aux conseillers municipaux modérés de la majorité actuelle à Orléans : Attention ! Ce film risque de faire mal à certains d’entre vous…
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