Nocturne Indien
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Mots-clefs :Alain Corneau, Bombay, cinéma, clémentine célarié, Goa, Inde, Jean-Hugues Anglade, littérature, musique, Pessoa, schubert, Tabbuchi
C’était en 1989. J’étais rentré par hasard dans un petit cinéma parisien. On y donnait « Nocturne Indien« . Je ne sais pas vraiment pourquoi j’ai été voir ce film. le titre sans doute…
Un type (joué par Jean-Hugues Anglade) part en Inde, à la recherche d’un ami qui s’y est perdu. Il y a les maisons qui s’écroulent, les gens miséreux qui vivent dans la rue. Il y a la chaleur. Son ami s’est-il perdu à jamais ? Est-il malade ? Est-il mort ?
Il entre dans l’hôpital de Bombay. Le quintet de Schubert rythme ses pas, donne de l’intensité à ses regards. De façon obsédante, enivrante, le quintet rythmera le film, revenant encore et encore, nous faisant descendre, marche après marche, vers les profondeurs intangibles de l’âme humaine.
Au cours de ce voyage initiatique, chaque rencontre est l’occasion de se rendre compte à quel point sa recherche est vaine : et si son ami n’avait pas envie d’être retrouvé ? Et si, au travers de son ami, il ne faisait que se chercher lui-même ?
« Nous avons tous deux vies :
la vraie, celle que nous avons rêvée dans notre enfance, et que nous continuons à rêver, adultes, sur un fond de brouillard ;
la fausse, celle que nous vivons dans nos rapports avec les autres,
qui est la pratique, l’utile,
celle où l’on finit par nous mettre au cercueil
/
Temos todos duas vidas:
A verdadeira, que é a que sonhamos na infância,
E que continuamos sonhando, adultos num substrato de névoa;
A falsa, que é a que vivemos em convivência com os outros,
Que é a prática, a útil,
Aquela em que acabam por nos meter num caixão«
La citation est tirée du « Gardeur de troupeau » d’Alberto Cairo, l’un des hétéronymes du grand poète portugais Fernando Pessoa. Elle ne nous donne pas la clé de l’histoire mais nous éclaire dans ce clair obscure, ce nocturne indien…
Sommes-nous un être unique au parcours plus ou moins rectiligne ? Sommes-nous multiples, bons d’un côté, différents de l’autre ? Nos multiples « moi » ont-ils vraiment envie de se rencontrer ?
…
Nocturne indien est l’adaptation du roman éponyme d’Antonio Tabbuchi, écrivain italien, professeur de littérature portugaise et… grand spécialiste du poète portugais Fernando Pessoa.
A la suite du film, j’allais découvrir Tabbucchi dont j’ai lu presque tous les livres au fur et à mesure de leur traduction en français. A la suite, j’allais aussi découvrir les poëmes de Fernando Pessoa que j’allais acheter en double édition français/portugais aux éditions Christian Bourgois pour finalement les lire en français quoi que je connaisse le portugais…. Je sias, c’est compliqué… Mais là, vous vous en doutez, c’est sans doute une autre histoire, une autre part d’identité, l’occasion peut-être d’un autre billet, sur ce blog ou sur un autre… :)
Je peux le dire, ce film a été très important pour moi, pendant les 10 à 15 années qui suivirent sa projection. Il aura fallu qu’Alain Corneau meurt pour que je réalise que c’était son réalisateur. On n’est jamais assez reconnaissants avec ceux qui nous ont tant apporté… désolé.
…
le DVD de Nocturne Indien est en vente d’occasion – je l’ai eu il y a quelques mois autour de 25 € – peut-être y aura-t-il un coffret Alain Corneau prochainnement… à suivre. En tout cas, ne pas manquer le suplément où l’acteur Jean-Hugues Anglade explique avec beaucoup de sincérité l’angoisse qui s’est emparé de lui face à ce personnage et comment ce film fut aussi pour lui un voyage initiatique, comment il a marqué un tournant dans sa vie d’acteur.
Le livre Nocturne Indien est lui toujours disponible d’occasion (5 €) ou neuf avec d’autres romans d’Antonio Tabbuchi… 19 €, pourquoi bouder le plaisir de lire plusieurs livres ?
Enfin, le Gardeur de Troupeaux de Fernando Pessoa est, lui, tout à fait disponible. .. à moins que vous ne préfériez commener par son incontournable Livre de l’Intranquilité , disponible aussi.
Bon voyage…






Très beau témoignage…je pourrais dire la même chose mot pour mot presque.
Et je vais le voir ce soir au ciné !
[...] Le très grand poête portugais, Fernando Pesoa a écrit [...]