L’Amour dans la Vérité
"L'Amour dans la Vérité" : curieux titre pour un texte qui parle d'engagement social, syndical, politique, d'économie, de développement durable,… et pourtant !
En septembre dernier, je vous posais la question : "qu'est-ce qu'on fait de la crise ?". Spéculation boursière, économie régentée par la loi du plus fort, rapports sociaux basés sur le pur rapport de force, gaspillage inconsidéré des ressources, folie du consumérisme-roi, désintérêt à l'égard des plus faibles en France et dans le Monde, les ronchons diront qu'après la crise, on fera comme avant. Pour ma part, je veux croire que cette crise sera, comme les autres crises, le passage d'un état à un autre, pas forcément radicalement différent mais "autre" quand-même.
Dans ce contexte, l'Eglise catholique a publié un texte, l'encyclique "Caritas in Veritate", qui fait le point sur le monde social et économique d'aujourd'hui. C'est une sorte de patchwork où l'on parle d'économie solidaire, de développement durable, de rapports sociaux, de politique, de commerce équitable, de respect des ressources naturelles, de tous ces moyens qui doivent nous permettre aujourd'hui de batir un monde plus humain.
Comme il nous est souvent difficile de lire un texte de 100 pages, je vous propose un texte écrit par un ami-membre du Mouvement Chrétien des Cadres qui a eu le soin de comprimer ce texte en quelques pages seulement. Je vous laisse le découvrir en espérant qu'il éveille en vous de nouvelles espérances en un monde plus juste et un avenir plus radieux pour tous.
Présentation
1. Cent vingt pages de réflexion et d'analyses sur l'état de notre humanité, de ce qui s’y vit, de ce qui se construit, où se déconstruit, font moins de bruit dans les médias que trois phrases sur le préservatif. Je crois que « Caritas in Veritate est un bel outil qui nous est donné. Nous sommes invités à nous l’approprier, progressivement, car les niveaux de lecture, comme les entrées sont multiples : gestion des ressources, rôle des syndicats, crise financière sens du travail,… Les uns ont noté qu'il n'y avait rien contre le capitalisme, d'autres, comme le New York Times ont comparé le Pape à un « socialiste européen de la vieille école ». Nous avons la chance d'avoir un texte d'une solide technicité qui nous invite à cheminer avec notre intelligence et notre cœur, pour contribuer à éclairer un monde qui ne sait plus où il va.
2. Pour être Bonne nouvelle, tout enseignement social chrétien est enseignement d’amour et de charité. L’adhésion à Jésus se manifeste d’abord par notre solidarité avec tout homme. Comment vivre cette solidarité dans un monde mouvant, complexe, illisible, rempli de détresse comme d’espérance ? Le texte de Benoît XVI, « l’Amour dans la Charité » nous invite d’abord à ouvrir les yeux, nos yeux de disciple de Jésus. Dans le chapitre 25 de Mathieu, Jésus raconte comment les élus seront ceux qui auront donné à manger à ceux qui avaient faim, donné à boire à ceux qui avaient soif, accueilli l’étranger, ouvert à ceux qui étaient nus et visité les malades et les prisonniers. L’élu n’est pas choisi pour ses paroles et ses attentions, pour sa prière, mais pour sa relation à ceux qui sont dans la misère. Plus profondément encore, Jésus s’identifie aux plus pauvres : « chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ses plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » Le bon samaritain est le pont entre le simple regard et l’action. En faisant de cet homme blessé son prochain, le samaritain invite tout homme à regarder et à agir pour aider ceux qui trouvent en difficulté. Jésus fait donc de la relation sociale aux plus pauvres une relation à la vie, une relation à la Source Divine qui est en chacun de nous.
3. Cette toile de fond évangélique doit nous guider pour nous faire entrer dans la démarche pédagogique proposée par Benoît XVI. La charité, l’amour, ne peuvent rester une idée générale : c'est dans nos actes, nos vies, qu'ils peuvent devenir parole aujourd'hui, à une époque donnée. Notre vocation, nous rappelle Benoît XVI, c'est le développement intégral de tout homme et de tout l'homme. Chacun de nous vit un chemin personnel d'humanisation, révélé par Jésus Christ. Ce chemin ne peut se faire que si, renonçant à mon ego, je mets l'autre — mon frère- au cœur de ma vie. La mondialisation nous rend proche de tout homme : dès lors le développement véritable ne trouve son sens qu’en étant au service d'une humanisation plus vraie, une fraternisation qui exige solidarité et gratuité de relations.
4. « L’amour dant la vérité » nous invite à nous arrêter pour rentrer dans les grandes questions dans ce temps, dans ce qui agite notre monde globalisé avec ce regard de disciple du Jésus. Certes il est plus facile d’analyser rétrospectivement l’histoire que de voir clair dans ce qui se passe aujourd’hui. En 1891 lors de la publication de Rerum Novarum, on voit bien, avec le recul que nous avons maintenant, ce qui allait de travers à l’époque… Voici qu’enfin l’Eglise s’engageait dans un enseignement social en se laissant interroger par l’évolution de la société.
Les années 60, avec le concile Vatican II et notamment la constitution Gaudium et Spes et l’encyclique Populorum Progressio, sont marquées par la logique de développement d’un tiers-monde qui s’éveille dans un monde bipolaire.
Les années 90, c’est la chute du mur de Berlin, la fin du « socialisme réel » : immense espoir, immenses sacrifices, millions de morts, une parenthèse qui se ferme.
Nous voici à la fin de la première décennie du XXIe siècle. Le marché est roi, l’argent règne en maître, jamais le monde n’a été aussi riche. La mondialisation est devenue véritable intégration, globalisation dans une circulation instantanée et planétaire de l’information… Les inégalités et les exclusions en ce temps de crise nous ramènent parfois des siècles en arrière, dans une dé-civilisation inconsciente… Et voici que depuis quelques mois, tout menace de s’effondrer, voilà qu’émerge l’exigence morale de véritables refondations… Et simultanément toutes les énergies se déploient pour remettre le train fou sur les rails…
C’est donc aujourd’hui que nous sommes invités à agir, seuls, avec nos frères chrétiens, avec tous nos frères de bonne volonté pour contribuer à bâtir un vrai développement de tout homme et de tout l’homme.
Nous mettre en marche, certainement pas seuls dans une lecture solitaire ; mais au contraire, dans un travail solidaire pour rendre vivant, fructueux, et productif ce texte qui nous est donné. Pour dire la bonne nouvelle dont ce texte est porteur, n'avons-nous pas besoin de mettre en commun nos regards, nos outils, parce que le monde contemporain de 2009 nous interpelle immensément ? « Caritas in Veritate » est donc un texte qui créé une formidable opportunité.
5. Tout découpage est bien sûr arbitraire. Dans le souci de donner des points de repères pour la réflexion et pour l'action, et de contribuer à ouvrir un débat, je vous propose une double démarche :
– dans un premier temps, de faire un survol du texte, puis de se focaliser sur les analyses de l'économie mondiale, de la crise, en faisant ressortir ce qui me semble être interpellation et regard neuf.
– dans un deuxième temps, de rechercher dans le texte des repères pour avancer pour éclairer notre immersion dans ce monde, tant par l'analyse et la compréhension de ce qui s'y passe que par les actions que nous menons chaque jour
I – Une vision globale et une plongée au cœur de notre machine économique et sociale.
6. Après avoir brièvement situé le contenu des différents chapitres de l'encyclique, je vous propose une plongée dans l'analyse des rouages économiques et sociaux de notre monde, en apportant une lecture qui se veut avant tout réflexion et invitation à l'échange partagé.
A- Six chapitres qui sont six entrées complémentaires
7. Le premier chapitre « le message de Populorum Progressio» nous invite à retrouver l'esprit de ce texte fondateur, en liaison avec les Constitutions clef du concile Vatican II, tout en dressant un bilan contrasté de ce qui s'est passé depuis 40 ans : la société toujours plus globalisée nous rapproche, mais ne nous rend pas frères. L'urgence des réformes demeure et ne résulte pas seulement des événements, mais plus profondément d'une vocation inscrite au cœur de tout homme : la réalisation d'une fraternité authentique.
8. Le panorama de la situation actuelle est fait dans le chapitre II « le développement humain aujourd'hui ». La situation frappe par sa complexité : un monde multipolaire, la crise, les causes multiples du sous-développement. Sur le plan politique, l'intégration mondiale a modifié le pouvoir des Etats. L'État-providence s'est affaibli, le monde du travail se transforme. La marchandisation des échanges culturels favorise une standardisation des styles de vie. Une extrême insécurité alimentaire règne dans de nombreux pays alors que l'alimentation et l'accès à l'eau doivent être considérés comme des droits universels.
Nous sommes invités d'une part à intégrer les exigences propres de chaque domaine (la technique, l'environnement, l'économie) en approfondissant harmonieusement les savoirs humains, et d'autre part, en redonnant sens au progrès . L'amour dans la vérité doit redevenir source qui irrigue et transforme. Pour orienter de nouvelles dynamiques quatre champs sont explorés dans les chapitres suivants.
9. « Fraternité, développement économique et société civile », le troisième chapitre est peut-être le plus dense, le plus central et le plus neuf, puisqu'il touche d'abord à la question de l'économie et de ses fins. C'est pour cela que je l’aborderai plus en profondeur ultérieurement, mais il faut souligner sans attendre :
– que le développement économique, pour être humain, doit également prendre en compte le principe de gratuité, car l'activité économique ne peut résoudre les difficultés sociales par la simple extension de la logique marchande et doit viser le bien commun.
– la nécessité d'intégrer dans le système économique, le marché, l'État et la société civile, les trois sphères devant s'imbriquer.
– la crise actuelle appelle à un profond changement de regard sur l'entreprise elle-même : « il faut éviter que le motif de l'emploi de ressources financières soit spéculatif et cède à la tentation de rechercher seulement un profit à court terme ».
10. « Aujourd'hui, nombreux sont ceux qui sont tentés de prétendre ne rien devoir à personne si ce n'est à eux-mêmes ». Ainsi débute le quatrième chapitre, qui porte sur le développement des peuples, les droits et les devoirs, l'environnement. En effet, les droits supposent des devoirs correspondants, sans lesquels ils deviennent arbitraires. Nous constatons la tension entre l'exigence d'une reconnaissance indéfinie de droits nouveaux dans les sociétés riches, et la privation des droits les plus élémentaires dans une grande partie de l'humanité.
La dignité de la personne humaine est au cœur de la véritable éthique dont le monde a besoin. Le texte aborde sans complaisance le rapport de l'humanité à son environnement naturel. Mentionnons l'invitation faite à la responsabilité que nous avons, dans l'usage des ressources naturelles, à l'égard des plus démunis et des générations à venir, et surtout le fait que la manière dont l'homme traite l'environnement influence en réalité les modalités avec lesquelles il se traite lui-même. Un changement de mentalité implique de nouveaux styles de vie.
11. Outre la transformation éthique de l'économie (chapitre trois) et la considération des droits et des devoirs (chapitre quatre) un développement intégral dépend de la prise de conscience par tous les acteurs, par nous tous à tous les échelons, que l'humanité forme une seule et même famille. C'est ce dont traite le chapitre cinq « la collaboration de la famille humaine, » sous de multiples aspects. Dans la révélation chrétienne, la relation, éclairée de manière décisive à l'image de la Trinité, est l'élément essentiel d'un développement intégral. Ce fondement est clé pour donner des orientations à la responsabilité sociale, aux relations collectives, à l’accueil du migrant ou à la dignité du travail humain, à nos comportements de consommateurs comme à la finalité de la finance. C'est à partir de ce même fondement que Benoît XVI appelle de ses vœux la nécessité de se doter d'une autorité politique de dimension mondiale.
12. Enfin, le sixième chapitre « le développement des peuples et la technique », appellent à une intelligence purifiée de la technique. De même que notre développement personnel est dans une impasse si nous croyons en être l'unique source, de même le développement des peuples se dénature si l'humanité prétend se recréer elle-même à partir des prodiges de la technologie, en absolutisant la technique. Ce constat vaut aussi bien pour la bioéthique que pour les moyens de communication sociale. Le développement intégral réclame des yeux et un cœur nouveau, capables de s'écarter d'une conception matérialiste de l'histoire humaine, et d'entrevoir la vraie Source de toute vie, que les sciences et techniques ne peuvent offrir.
13. Voilà très vite survolées les grandes entrées des différents chapitres.
Je propose maintenant de nous arrêter au coeur de la machine économique et sociale en posant en premier lieu les grandes lignes et des mutations des 40 dernières années et en second lieu contentant de clarifier les mécanismes de fonctionnement des marchés autrement dits du capitalisme aujourd'hui planétaire.
B- Comprendre et convertir le marché
14. Notre système économique, et la crise dans laquelle il se débat, est né de deux ruptures principales. La première date des années 80 : c'est la révolution financière qui met les marchés (la bourse) aux commandes des entreprises. Un nouveau mode de gestion se met en place qui bouleverse les organisations des années 50 et 60, qui favorisait les carrières longues et la loyauté des salariés ; tout devient soumis à l'efficacité immédiate ; le bonus prend la place de l'ancienneté comme mode de gestion des ressources humaines. Les impératifs de la performance sont omniprésents : seul compte l'objectif fixé et évalué par le marché.
La mondialisation accélérée par les technologies de l'information et de la communication est la seconde rupture qui a bouleversé le monde
. Elle permet à des pays de s'industrialiser (Chine, Inde, Brésil) ce qui produit deux effets de sens contraire : baisser le prix des produits industriels et monter le prix des matières premières. Nous payons de moins en moins cher nos téléphones, nouveaux écrans plats, et nos iPod, et de plus en plus cher nos dépenses de base : chauffage, nourriture, déplacement. Une économie mondiale s'est construite qui avance donc en appuyant à la fois sur le frein et l'accélérateur, d'où des secousses presque inévitables et une intégration qui est en même temps élargissement du fossé entre riches et pauvres, c'est-à-dire une intégration qui désintègre.
«Après l'écroulement du système économique et politique des pays communistes de l'Europe de l'Est et la fin de ce que l'on appelait les blocs opposés, une nouvelle réflexion globale sur le développement aurait été nécessaire » (§ 24). En réalité, l'économie mondiale s’est globalisée, financiarisée dans le double mouvement de mondialisation et de développement des réseaux d'information. Partout règne la logique et la mécanique du marché. Cette intégration a permis une augmentation considérable des richesses produites, le décollage d'un certain nombre de pays émergents et simultanément un début de désintégration des systèmes sociaux mis en place, au moins en Europe occidentale, dans les années 50. Mais le marché peut-il, comme mécanisme économique, permettre un développement intégral de l'homme ?
15. De lui-même il est clair que le marché n'est pas en mesure de produire ce qui est au-delà de ses possibilités : il n'est ni un mal ni est un bien, d'abord un mécanisme qu'il nous faut bien comprendre pour espérer le convertir. Il ne s'agit pas de construire un secteur social en marge du marché mais d'identifier les leviers à actionner pour infléchir son fonctionnement.
La crise nous amène à prendre conscience de cette soif du profit immédiat qui a été à l'origine de la dérive financière du libéralisme. Le capitalisme, ou le marché, n'a pu fonctionner que par ce qu'il a hérité de quelques types anthropologiques (des valeurs) dont il n'était pas lui-même le créateur : les ouvriers consciencieux, des entrepreneurs imaginatifs, des fonctionnaires intègres etc. Ces modèles étaient le produit de systèmes sociaux et de systèmes de valeurs antérieures qui se référaient à des références encore jugées prioritaires : honnêteté, civisme, désintéressement, goût d'entreprendre. Ces valeurs ont permis de garantir la cohésion sociale et la reproduction d'une génération à l'autre. Le capitalisme ne sait pas créer de toutes pièces ces modèles humains : il n'en a ni la vocation, ni les moyens. Il se développe sur la base des valeurs existantes en s'appuyant sur des hommes et sur des femmes que la société a fabriquées sans lui ; c'est pour cela que l'on parle souvent du « substrat social » sur lequel s'appuie le marché. Et l'économie de marché ne peut fonctionner durablement que si elle trouve sous ses pieds ce « substrat social » cette « dalle » comprenant des valeurs permettant à la société de fonctionner. Mais lorsque le marché devient une fin en soi et que les valeurs relevant de systèmes antérieurs sont peu a peu marginalisées, il risque d'entrer dans un processus d'autodestruction et c'est sans doute ce que nous connaissons aujourd'hui . les entrepreneurs deviennent plus obsédés par le profit à court terme que par la créativité industrielle, les inégalités ne sont plus freinées par le sens de la cohésion…L'argent s'infiltre partout et les élites politiques, économiques ou culturels sont contaminées par le délabrement général. Bref la société tout entière se fragilise et avec elle le fonctionnement du marché : c'est très exactement le point où nous sommes aujourd'hui. Et cela nous renvoie à une question essentielle à laquelle « L'amour dans la Vérité » nous ouvre des pistes : quels sont les ingrédients qui nous permettaient de vivre ensemble et que nous avons perdu ?
16. Avant la crise, dans la dernière décennie, la redistribution, et les prélèvements obligatoires, qui la permettent étaient souvent considérés comme les pires des obstacles à l'efficacité .C’est que les valeurs de la solidarité avaient fait progressivement place à celle du mérite individuel, mesuré à l'aune de l’argent. Les personnes ont de plus en plus tendance à croire, pour le meilleur comme pour le pire, qu'elles sont seules responsables de leur propre destin. Lorsque de surcroît le mérite se mesure par l'argent, alors il n'est plus de limites éthiques à l'importance de la rémunération chacun.
Et une fois que les contribuables sont venus au secours des banques il semble que le monde d'avant la crise resurgit, comme si rien ne s'était produit, comme si l'économie n'était pas a genoux, comme si les dizaines de millions de chômeurs supplémentaires dans le monde allaient soudainement s’évanouir..
« Il faut enfin que la finance en tant que telle, avec ses structures et ses modalités de fonctionnement nécessairement renouvelé après le mauvais usage qui en a été fait et qui a eu des conséquences néfastes sur l'économie réelle, redevienne un instrument visant à une meilleure production de richesses et au développement…. Il est certainement utile et en certaines circonstances indispensables, de donner vie à des initiatives financières où la dimension humanitaire soit dominante. Mais cela ne doit pas faire oublier que le système financier tout entier doit être orienté vers le soutien d'un développement véritable. Il faut surtout que l'objectif de faire le bien ne soit pas opposé à celui de la capacité effective à produire des biens. » (§65).
« L'homme moderne est parfois convaincu à tort, d'être le seul auteur de lui-même, de sa vie et de la société. C'est là une présomption, qui dérive de la fermeture égoïste sur lui-même, qui provient — pour parler en termes de foi — du péché des origines… À la liste des domaines où se manifestent les effets pernicieux du péché, s'est ajouté depuis déjà longtemps celui de l'économie » (§34).
L’activité économique n'est en aucun cas par essence immorale. Mais la logique du marché, lorsqu'elle s'est progressivement séparée des valeurs qui ont justement permis sa fondation, nous fait entrer dans la logique infernale du repli sur soi, de la fermeture et de l'individualisme égoïste.
C- Quelques lignes directrices qui émergent…
17. Au niveau de notre système économique, le texte est clairement critique : c'est la notion même de progrès qui est interrogé et qui doit faire l'objet d'une évaluation morale. Benoît XVI récuse à la fois les partisans de la décroissance (« l'utopie d'une humanité revenue à son état premier de nature ») et ceux qui, victime d'une fascination de la technique, en oublient toute responsabilité morale. L'accent mis sur les limites et carences de l'économie de marché (« le marché n'arrive pas à produire la cohésion sociale dont il a besoin pour fonctionner ») fait ressortir toutes les insuffisances voir les iniquités mais en même temps le caractère irremplaçable de l'économie de marché. Il ne s'agit donc pas de vouloir de le contenir mais de le maîtriser : comment ?
– en remettant de la confiance dans le fonctionnement de l’ économie : respect des lois, fiabilité entre les personnes.
– en introduisant de la protection et de la redistribution
grâce auquel le marché fonctionnera mieux : ainsi les pays pauvres sont aussi des pays qui achèteront davantage (§ 28), des coûts humains épargnés sont aussi des coûts économiques évités (§ 32) : c'est le souci de l'intérêt général, du bien commun, qui engendre la prospérité privée et non l'inverse.
– en faisant des mécanismes de marché un levier en faveur des plus faibles, dès lors qu'ils ne visent plus pas engendrer le profit maximal mais sont utilisés pour lutter contre l'exclusion (§ 46), ou en faveur d'une plus grande équité (§ 66).
18. Pour Benoît XVI, l'homme est le premier capital. Il faut donc faire tout ce qui est possible pour le sauvegarder et le valoriser. Pour cela, il faut vouloir l'unité du genre humain et la construction d'une famille universelle sans pour autant niveler les cultures. À ses yeux il est nécessaire d'affronter de manière lucide les enjeux de l'environnement, de la faim sur notre planète, de réduire les écarts de richesse et le démembrement des réseaux et des systèmes de protection sociale. Le profit est reconnu, mais comme un moyen, et le marché ne peut remplir pleinement sa fonction que dans la solidarité ce qui nous renvoie clairement à la question : quelles sont les valeurs, les attitudes et les pratiques qui en animent les acteurs. Au risque de simplifier, disons qu'en humaniste lucide, Benoît XVI critique les aberrations du profit, les disparités criantes entre riches et pauvres, la tyrannie des marchés qui sont leurs propres finalités et le despotisme de la technique.
19. Mais il va en même temps bien au-delà de ces constats critiques en nous ouvrant à ce qu'il y a de plus fondamental en l'homme.
Dans le chapitre III intitulé « Fraternité, développement économique et société civile », Benoît XVI nous invite à nous placer devant entre « l'étonnante expérience du don »
: « la gratuité est présente dans la vie sous de multiples formes qui souvent ne sont pas reconnue en raison d'une vision de l'existence purement productiviste et utilitariste. L'être humain est fait pour le don ; c'est le don qui exprime et réalise notre dimension de transcendance. »… Le don par sa nature surpasse le mérite, sa règle est la surabondance. « Parce qu'elle est un don que tous reçoivent, la charité dans la vérité est une force qui constitue la communauté, unifie les hommes de telle manière qu'il n'y plus de barrières ni de limites…. En affrontant cette question décisive, nous devons préciser, d'une part, que la logique du don n'exclue pas la justice et qu'elle ne se juxtapose pas à elle dans un second temps et de l'extérieur et d'autre part, que si le développement économique, social et politique veut être authentiquement humain il doit prendre en considère nations le principe de gratuité comme expression de fraternité. » (§ 34).
« La doctrine sociale de l'Eglise n'a jamais cessé de mettre en évidence l'importance de la justice distributive et de la justice sociale pour l'économie de marché elle-même non seulement parce qu'elle est insérée dans les maillons d'un contexte social et politique plus vaste mais aussi à cause de la trame des relations dans lesquelles elle se réalise… Sans formes internes de solidarité et de confiance réciproque le marché ne peut pleinement remplir sa fonction économique. Aujourd'hui c'est cette confiance qui fait défaut, et la perte de confiance est une perte grave. » (§ 35).
Nous retrouvons bien la grande question du substrat social et culturel du fonctionnement du marché : « l'intérêt du marché est de promouvoir l'émancipation mais pour le faire vraiment, il ne peut pas compter seulement sur lui-même car il n'est pas en mesure de produire de lui-même ce qui est au-delà de ses possibilités il doit puiser des énergies morales auprès d'autres sujets, qui sont capables de les faire naître. »(§ 35).
20. Convertir le marché c'est donc rechercher des valeurs inspirées par la gratuité au sein même de l'économie : il ne s'agit surtout pas d’opposer et de séparer un secteur économique soumis aux lois du marché d'un côté et un secteur social qui serait soumis aux vertus de la gratuité de l'autre. « C'est pourquoi il faut avoir présent à l'esprit que séparer l'agir économique, à qui il reviendrait seulement de produire de la richesse, de l'agir politique, à qui il reviendrait de rechercher la justice au moyen de la redistribution est une cause de graves déséquilibres. L'Eglise a toujours estimé que l'agir économique ne doit pas être considéré comme antisocial. Le marché n'est pas de soi et ne doit donc pas devenir, le milieu de la domination du fort sur le faible… Il ne faut pas oublier que le marché n'existe pas à l’état pur. Il tire sa forme des configurations culturelles qui le caractérisent et l'orientent. » . …dans les relations marchandes le principe de gratuité et la logique du don, comme expression de la fraternité, peuvent et doivent trouver leur place à l'intérieur de l'activité économique normale. C'est une exigence de l'homme de ce temps mais aussi une exigence de la raison économique elle-même. » (§ 36).
L'irruption du don dans nos vies est pour nous reconnaissance de la source totalement gratuite qui se donne et nous fait vivre.
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21. Que d'interpellations ! Tout est abordé, tout est bousculé, tout est appelé à des adaptations nombreuses et difficiles. Chacun peut ainsi découvrir l’ampleur du champ d'action qui s'offre à tous et combien ces appels exigent de travail et d'efforts. Cependant nous pourrons avancer en confiance que si nous sommes bien conscients d'avoir en commun des devoirs réciproques qui mobilisent plus que la simple revendication des droits.
II. Des repères pour avancer, dans la réflexion et dans l’action
A- Le devoir d’intelligence du monde.
22. Il me semble que nous pouvons accueillir ce texte pour entrer dans un chemin de lucidité. Ne sommes-nous pas, chacun à sa manière, aveugle face aux mécanismes et aux logiques de ce monde globalisé dans lequel nous sommes plongés. Il me semble percevoir un appel à ouvrir les yeux et à élargir notre raison dans des démarches de dialogue partagé la lumière ne peut jaillir du débat, du dialogue, voire de la confrontation.
«Ce qui est stupéfiant, c’est la capacité de sélectionner arbitrairement ce qui, aujourd’hui, est proposé comme digne de respect. Prompts à se scandaliser pour des questions marginales, beaucoup semblent tolérer des injustices inouïes. Tandis que les pauvres du monde frappent aux portes de l’opulence, le monde riche risque de ne plus entendre les coups frappés à sa porte, sa conscience étant désormais incapable de reconnaître l’humain.» (§ 75).
Que sommes-nous capables de voir, que ce nous capable de lire ? Jeter un regard lucide sur notre monde, c’est tout d’abord tenter de discerner, dans sa complexité, ce qui l’anime : nul ne peut avoir l’intelligence globale de cette complexité et nous ne sommes pas appelés à être chacun des experts. Mais nous n’avons pas vocation à rester aveugle.
23. Le paragraphe 21 de l’encyclique nous incite à « réfléchir sur les mesures nécessaires pour résoudre des problèmes qui non seulement sont nouveaux… mais qui ont aussi, et surtout, un impact décisif sur le bien présent et futur de l’humanité. » Nous sommes invités à réfléchir parce que «il faut reconnaître que le développement économique a été et continu d’être obéré par des déséquilibres et par des problèmes dramatiques, mis encore davantage en relief par l’actuelle situation de crise… » Réfléchir, interpellés que nous sommes par « les forces techniques employées, les échanges planétaires, les effets délétères sur l’économie réelle d’une activité financière mal utilisée et qui plus est spéculatif, les énormes flux migratoires etc. » ; «les aspects de la crise et de ses solutions ainsi qu’un nouveau et possible développement futur sont toujours plus liés les uns aux autres. Ils s’impliquent réciproquement et ils requièrent des efforts renouvelés de compréhension globale et une nouvelle synthèse humaniste». .. « La crise nous oblige à reconsidérer notre itinéraire, à nous donner de nouvelles règles et à trouver de nouvelles formes d’engagement à miser sur les expériences positives et à rejeter celles qui sont négatives. La crise devient ainsi une occasion de discernement et elle met en capacité d’élaborer de nouveaux projets ». Voilà une vision finalement optimiste qui nous invite à aller plus loin pour y voir clair.
24. Peut-être à ce stade devons-nous prendre un peu de recul sur notre lecture et notre compréhension du fonctionnement de notre société. Prenons conscience que ce que nous voyons, dans le journal télévisé, et ce que nous lisons, dans nos quotidiens, structurent notre manière de comprendre et d’appréhender le monde : notre perception n’est-elle pas dès lors focalisée sur l’événement, la catastrophe, l’éphémère, sur des solidarités émotionnelles qui changent tous les trois jours. Réfléchir sur les mesures nécessaires c’est entrer, modestement, dans une démarche de compréhension en profondeur « c’est dans cette optique, confiants plutôt que résignés, qu’il convient d’affronter les difficultés du moment présent » conclut le § 21 .Nous voilà invités à écouter, à ouvrir nos yeux, à sortir de nos certitudes, pour tenter de comprendre ce qui se passe.
Dans son paragraphe 30, cette exigence de « compréhension » est clairement exprimée : « la charité n’exclut pas le savoir, mais le réclame, le promeut et l’anime de l’intérieur. Le savoir n’est jamais seulement l’œuvre de l’intelligence… Le faire sans le savoir est aveugle et le savoir sans amour est stérile ».
En fait, « celui qui est animé d’une vraie charité est ingénieux à découvrir les causes de la misère, à trouver les moyens de la combattre, à la vaincre résolument ». Face aux phénomènes auxquels nous sommes confrontées, l’amour dans la vérité demande d’abord et avant tout à connaître et à comprendre… Il est toujours nécessaire d’aller plus loin… Il n’y a pas l’intelligence puis l’amour : il y a l’amour riche d’intelligence et l’intelligence pleine d’amour. »
25. Cette même exigence est à nouveau soulignée dans le chapitre V à propos de «la collaboration de la famille humaine ». Dans le paragraphe 53 il est rappelé que Paul VI remarquait que le monde est en malaise faute de pensée. « Cette affirmation renferme une constatation, mais surtout un souhait : il faut qu’il y ait un renouveau de la pensée pour mieux comprendre ce qu’implique le fait que nous formons une famille ; les échanges entre les peuples de la planète exigent un tel renouveau afin que l’intégration puisse se réaliser sous le signe de la solidarité plutôt que de la marginalisation. » Si en nous invitant à regarder comment nous sommes structurés dans des relations interpersonnelles, il nous est rappelé «une des pauvretés les plus profondes que l’homme puisse expérimenter est la solitude… L’homme est aliéné quand il est seul ou quand il se détache de la réalité, quand il renonce à penser et à croire en un fondement ».
26. Nous sommes aussi appelés à un devoir d’intelligence face aux nouveaux moyens de communication sociale qui transforment notre quotidien…« Au développement technologique est lié la diffusion croissante des moyens de communication sociale. Il est désormais presque impossible d’imaginer que la famille humaine puisse exister sans eux. Pour le bien et pour le mal ils sont insérés à ce point dans la vie du monde qu’il semble vraiment absurde, comme certains le font, de prétendre qu’ils seraient neutres, et de revendiquer leur autonomie à l’égard de la morale relative aux personnes. De telles perspectives, qui soulignent à l’excès la nature strictement technique des média favorise en réalité leur subordination au calcul économique dans le but de dominer les marchés et, ce qui n’est pas le moins, au désir d’imposer des paramètres culturels de fonctionnement à des fins idéologiques et politiques. Étant donné leur importance fondamentale dans la détermination des changements, dans la manière de percevoir et de connaître la réalité et la personne humaine elle-même il devient nécessaire de réfléchir attentivement à leur influence en particulier sur le plan éthico-culturel de la mondialisation et du développement solidaire des peuples.» ( § 73).
Cette démarche de réflexion et de connaissance doit s’articuler avec notre intériorité, notre cheminement spirituel « Le problème du développement est strictement lié aussi à notre conception de l’âme humaine, dès lors que notre moi est souvent réduit à la psyché et que la santé de l’âme se confond avec le bien-être émotionnel. Ces réductions se fondent sur une profonde incompréhension de la vie spirituelle et elles conduisent à méconnaître que le développement de l’homme et des peuples dépend en fait aussi de la résolution de problèmes de nature spirituelle ».(§ 73).
Connaissances individuelles mais aussi compréhension de l’évolution globale de notre monde. « La nouveauté majeure a été l’explosion de l’interdépendance planétaire, désormais communément appelée mondialisation…. Né au sein des pays économiquement développés ce processus par sa nature a produit une intrication de toutes les économies…. C’est pourquoi l’amour et la vérité nous place devant une tâche inédite et créatrice, assurément vaste et complexe. Il s’agit d’élargir la raison et de la rendre capable de comprendre et d’orienter ces nouvelles dynamiques de grande ampleur, en les animant dans la perspective de cette « civilisation de l’amour» dont Dieu a semé le germe dans chaque peuple et dans chaque culture. »
27. Voici quelques points de repères pour rentrer dans cette démarche de lecture, d’analyse, et de compréhension. Une démarche de lucidité, car le monde, c’est d’abord l’esprit du monde qui nous habite, avec ses mensonges, ses convoitises, ses vanités ; je crois que nous avons ce devoir d’analyser et surtout peut-être de débattre pour apporter notre note dans le concert des voix qui s’élèvent pour la justice et le respect de la personne ; nous sommes invité au refus du « prêt à penser » pour être porteur d'une parole prothétique. Gardons à l'esprit que notre vérité propre, celle de notre conscience personnelle, nous est avant tout « donnée». Dans tout processus cognitif, en effet, la vérité et n'est pas produite par nous, mais elle est toujours découverte ou, mieux, reçue. Comme l'amour, elle « ne naît pas de la pensée ou de la volonté mais, pour ainsi dire, s'impose à l'être humain » (§34).
B- Agir en vérité
28. Tenter de comprendre pour poser un regard lucide et ouvert, poser des actes là nous sommes, il est clair qu'il n'y a pas de recette toute faite. Nous sommes confrontés à une parole souvent complexe, qui s'adresse à toutes les femmes et à tous les hommes de bonne volonté, qui ont une intelligence et un cœur ; je citerai de nouveau le paragraphe 30 de l'encyclique, qui reprend Populorum Progressio :
«Celui qui est animé d'une vraie charité est ingénieux à découvrir les causes de la misère, à trouver les moyens de la combattre et à la vaincre résolument ». Une interpellation qui peut nous empêcher de dormir ! Nous sommes invités à agir, à être « entrepreneur de solidarité ». Mais, et c'est un point essentiel, nous ne pouvons rien faire en vérité si nous ne sommes pas reliés à notre source. « Personne ne modèle arbitrairement sa conscience mais tous construisent leur propre moi sur la base d'un « soi » qui nous a été donné … le développement de la personne s'étiole si elle prétend en être l'unique auteur ». (§ 68). « Le vrai développement ne se consiste pas d'abord dans le »faire »…La clé du développement, c’est une intelligence capable de penser la technique et de saisir le sens pleinement humain du faire de l’homme. C'est retrouver le vrai sens de la liberté qui ne réside pas dans l'ivresse d'une autonomie totale mais dans la réponse à l'appel de l’être, en commençant par l’être que nous sommes nous-mêmes.… Ainsi le développement est impossible s'il n'y a pas des hommes droits, des acteurs économiques et des hommes politiques fortement interpellés dans leur conscience par le souci du bien commun ».( § 70 et 77).
29. Nous sommes tout d'abord invités à être citoyens actifs au sein d'un monde globalisé et a refuser le fatalisme de l'impuissance. Nous sommes donc interpellés dans notre responsabilité politique, car c'est dans le politique que peuvent se tisser les liens qui redonnent du sens. Benoît XVI nous invite à ne pas proclamer trop hâtivement la fin de l'État, mais souligne au contraire son rôle dans la crise actuelle : « l'articulation de l'autorité publique au niveau local, national et international est entre autres une des voies maîtresses pour parvenir à orienter la mondialisation économique ; c'est aussi le moyen pour éviter qu'elle ne mine dans les faits les fondements de la démocratie ». Voici un appel sans ambiguïté pour les élus, les fonctionnaires et les citoyens que nous sommes.
30. Nous sommes ensuite invités à agir dans le monde du travail en étant soucieux de la cohésion sociale, en veillant « à donner comme objectif prioritaire l'accès au travail et son maintien pour tous » ; nous sommes appelé à être vigilants face à l' l'affaiblissement des réseaux de protection sociale, et des associations de travailleurs, c'est-à-dire les syndicats qui ont vocation à les défendre. «Les réseaux de solidarité se trouvent contraints de surmonter des obstacles de plus en plus importants» : nous sommes appelés à agir pour que les organisations syndicales remplissent leur rôle de représentation et développent leur capacité de négocier. Nous sommes interpellés sur la responsabilité sociale des entreprises, une notion que l'on a parfois tendance à oublier. «La gestion de l'entreprise ne peut pas tenir compte des intérêts de ses seuls propriétaires, mais aussi de toutes les autres catégories de sujets qui contribuent à la vie de l'entreprise (§ 40). Nous sommes clairement six mis en garde face à la croissance d'une classe cosmopolite de managers, qui souvent ne répondent qu'aux indications des actionnaires de référence, constitués par des fonds anonymes qui fixent leurs rémunérations. Dans ce contexte, l'encyclique nous offre une réflexion forte sur l'entreprenariat, qui avant d'avoir une signification professionnelle a une signification humaine : «il est inscrit dans tout travail ; c'est pourquoi il est bon qu'à tout travailleur soit affectée la possibilité d'apporter sa contribution propre… Tout travailleur est un créateur». Le texte souligne qu'il existe bien des types d'entreprises, au-delà des clivages « public—privé »et que nous sommes tous invités à être des entrepreneurs ; «cette conception large favorise l'échange et la formation réciproque entre les différents types d'entreprenariat, avec un transfert de compétences du monde du «non profit » à celui du « profit » et vice versa, du domaine public à celui de la société civile, de celui des économies avancées à celui des pays en développement » (§ 41).
31. Nous sommes enfin clairement invités — et cette liste n'est pas exhaustive — à reconsidérer nos styles de vie d’une part face aux problèmes énergétiques, et d'autre part parce que le consumérisme, l'hédonisme qui marque nos modes de vie sont trop inconscients des dommages qui en découlent.
L'encyclique souligne que l'interconnexion mondiale a fait sujets surgir un nouveau pouvoir, celui des consommateurs et de leurs associations le consommateur a donc une responsabilité sociale précise ce qui implique éducation et responsabilité.
Les pistes et des appels nous sont donc clairement donnés : ils ne sont pas, bien sûr totalement nouveaux, mais les voici clarifiés, synthétisés et actualisés. Il nous appartient de ne pas les laisser en jachère dans notre agir quotidien.
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32. Un appel urgent à la responsabilité nous est donné. Dans tous les volets de notre monde qui sont abordés tout au long de l'encyclique, je suis frappé par la qualité des analyses, mais surtout marqué par cet appel à une vraie vie spirituelle incarnée.
Nous recevons bien plus qu'un appel à une révision morale ou éthique, mais plutôt une invitation à vivre notre vocation profonde. À la vivre dans ce mystère de la parole incarnée qui nous conduit à changer notre regard sur notre famille humaine pour y mettre de la fraternité.
« Caritas in veritate » : c'est la charité dans l'action, le concret, pas dans le vague ni dans le sentimentalisme charitable. C'est une exigence de cœur, d'intelligence, et d'action. C'est la soif de la vérité, chemin et adhésion à Celui qui est vérité
.« Amours est vérité se rencontrent
Justice et paix s'embrassent »
Psaume 85 verset 11





Ce que j’aime bien avec les cathos, c’est qu’ils savent faire court et pas emmerdant, surtout sur un blog… J’espère lire ça avant l’année prochaine !
Quand vous parlez de religion, c’est pas vos meilleurs textes, Miguel. Comme on le dit des blagues : « les plus courtes… »
Ceci dit, je note que même en recopiant, vous écrivez au point 4 : « L’amour dant la vérité ». Qu’avez-vous voulu dire ?
Cher Fansolo, vous avez du mal à lire des textes dépourvus d’image. Et pourtant, vous avez réussi à lire jusqu’au début du point 4. Toutes mes félicitations ! Cela veut dire que rien n’est perdu pour vous ! Encore un effort, il n’y a que 32 parragraphes…
Plus sérieusement, il y a des choses très intéressantes dans ce texte. Mais vouloir décrire les valeurs qui vous portent, le monde socio-économique actuel et ce qu’on peut en faire, tout ça en 1 page, c’est pas simple.
Un moment donné, pour réfléchir, il faut faire un effort. Je sais, c’est bête, mais parfois il faut y passer… Et je vous assure que le jeu en vaut la chandelle.
Un passage m’a interpellé, c’est celui sur la gratuité. Je suis retourné au texte originel (vous savez, celui à 100 pages). Et bien il est tout à fait passionnant, que l’on soit catholique ou pas. J’en reparlerai (et oui, c’est une affaire à rebondissement !). Et pour vous faire plaisir, j’en reparlerai… longuement…
Ouais pour une fois je suis d’accord avec Fansolo, c’est impossible à lire. Sérieusement, c’est qui l’auteur de ce résumé ? J’ai déjà mon idée sur la question, parce que y’a pas grand monde qui a autant de temps à perdre alors qu’il existe déjà de bien meilleur guide de lecture
oh l’autre, hé ! il critique mon ami ! Et puis quoi, encore… de quel droit ? tu critiquse qui tu veux mais pas mes amis… m’enfin…
Allez balance Miguel
C’est qui ?
Le blog (ou site ?) du Mouvement Chrétien des cadres du Loiret dont tu donnes l’adresse n’est plus alimenté depuis avril 2008. Pour faire connaitre le mouvement il vaudrait mieux donner l’adresse du site national du MCC dans lequel on peut trouver des infos sur ce qui se passe en région.
Merci pour cette lecture, j’avoue que le passage sur la gratuité m’a aussi fortement interpellée, mais j’avoue aussi que j’ai lu en diagonale et que je n’ai pas (encore ?) fait l’effort de retourner à l’encyclique.
@ Fansolo : beaucoup de grands textes ne sont ni courts ni sexy, et pourtant… qu’est-ce qu’on gagne à les lire, ne serait-ce que partiellement !