Camilinho, proche des étoiles
Hier, c'était la Toussaint. Moi, la sainteté, j'ai du mal à savoir ce que c'est. Les Saints Patrons, les Marthyrs, les Saints par centaines canonisés par Jean paul II, je m'y comprend pas grand-chose… Pour ne pas dire que, quoique catholique, je m'en fous un peu.
Mais quand-même, j'avais envie de vous en parler. Alors, comme ça, dans le RER A, en réfléchissant à ce que je pourrais bien raconter ce soir sur mon blog, je me suis mis à réfléchir aux gens que j'ai connu, qui ne sont plus là, qui pourtant sont toujours avec moi, comme une lumière dans la nuit. Je ne voulais pas raconter ici d'histoires trop prégnantes, trop graves, faisant de vous, lecteurs, des voyeurs involontaires. Pas encore tout à fait sorti de mon précédent article, j'ai donc cherché une petite histoire, amusante et touchante à la fois. Mon regard s'est donc posé sur Camilinho qui sera en quelques sortes mon saint du jour.
…
L'histoire commence dans la campagne portugaise dans les années 40. Le pays est pauvre et tout le monde travaille la terre. Pour les jeunes de l'époque, il n'y a pas beaucoup de distractions. Simplement, le dimanche, puisque c'est le jour du seigneur, après la traite les vaches, on n'a plus le droit de travailler. On va donc à la messe, parce que c'est comme ça et qu'en plus, ça permet de voir d'autres gens, la messe réunissant tous les habitants qui y viennent à pied, à 10 km à la ronde.
Camilinho est un jeune homme pas très fufute, un peu bête, en fait. Comme tout le monde, le dimanche, il va à la messe. Et là, il voit une jeune fille, belle comme une fleure… et bête comme lui. Camilinho s'amuse, la chatouille, lui pince les fesses et rigole bien avec elle.
Alors au bout d'un moment, le curé du village, qui est un homme d'autorité, en a marre de les voir, comme ça, tous les dimanches, devant l'église, se faire des papouilles devant tout le monde. Il va voir Camilinho et lui dit "ça ne peut plus durer comme ça ! Dimanche, prochain, vous m'amènerez vos papiers d'identité". Et c'est ainsi que tout cons, Camilinho et sa copine se retrouvèrent tous 2, ensemble, idiots du village, mais mariés !
Je les ai connu bien plus tard. C'était un couple de petits vieux. Ils habitaient une maison, juste dans le renfoncement, à gauche de l'Eglise. Ils menaient une vie paisible, lui, elle, et une petite chèvre au poil blanc, immaculé. Ils n'avaient pas d'enfant, allez savoir pourquoi…
Une fois par an, à l'occasion de la St Jean, les jeunes avaient pour coutume de faire des blagues… elles tournaient souvent au désavantage des tourtereaux…
Une année, les jeunes eurent l'idée de piquer la petite chèvre de Camilinho. Ils la firent monter en haut du clocher et accrochèrent son cou à la plus petite des cloches. Au pieds de la chèvre, ils disposèrent de l'herbe. Ainsi, pour manger l'herbe, la chèvre tirait sur la corde et faisait sonner la cloche. La cloche réveilla tout le village qui se mit aux aguets. Elle réveilla évidement le petit couple qui se rendit compte du forfait et se mit dans l'idée de monter au clocher, seuls dans le noir complet, pour sauver leur petite chèvre. Je crois que 30 ans après, les gens se font encore pipi dessus en racontant la frayeur des deux petits vieux "vas y toi ! mais non, vas-y Camilinho ! c'est toi l'homme !"…
Parfois, je voyais le vieux Camilinho portant un tas d'herbe sur son dos traverser la place de l'église écrasée par le soleil. J'allais discuter avec lui. il était super tranquille, toujours gentil, positif. C'était sans doute un sacré glandeur parce qu'il prenait beaucoup de temps à discuter avec moi ! Mais bon, il était comme ça, doux, pas pressé, il avait le temps devant lui…
Camilinho me vouvoyait. Un jour, je lui dit "c'est à moi de vous vouvoyer,je vous dois le respect, vous êtes plus agé que moi". Il me répondit "non, c'est à moi car moi je ne suis rien alors que vous vous êtes important, vous vivez en France !". J'avais juste 13 ans dans mon bâtiment de banlieue.
Je suis bien incapable de dire de quoi je pouvais bien discuter pendant le temps que je passais avec Camilinho. Ce que je sais, c'est que je n'ai jamais connu de personne aussi aimable, gentille. Camilinho n'était pas très intelligent mais il avait l'intelligence du coeur. Je crois que jamais je n'ai reconnu telle qualité humaine au monde.
Alors voilà, parce qu'il est des rencontres qui vous marquent dans une vie, en ce lendemain de la fête des saints, je voulais juste rendre hommage à ce monsieur tout simple qui ne m'a jamais dit "tu" et qui est parti, comme pour ne pas déranger, sans dire au revoir…
"Heureux les simples d'Esprit, le royaume des cieux est à eux".
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De ce que j'en sais, Camilinho est le diminutif de Camilio. Il est utilisé soit de manière respectueuse envers quelqu'un qui vous est socialement supérieur, soit de manière moqueuse envers un niais ou un incapable, par exemple. J'ai récupéré la photo de l'église et de la vraie maison de Camilinho sur internet grâce au blog de Helder barros, blogueur à Amarante. Merci à lui !





Belle histoire, pleine de tendresse.
PS : Je n’ai pas la prétention de te donner des leçons de Portugais mais il m’aurait semblé que Camilinho (mon petit Camille) serait plutôt un diminutif affectueux, façon Dany/Daniélou pour Daniel par exemple, plutôt qu’une moquerie ou une marque de respect envers un supérieur…
comme ce que tu évoques me parle… j’en connais quelques uns des Camilo… aujourd’hui encore, eux les analphabètes, ils me guident et m’enseignent ce que je suis.
Ha la nostalgie,Miguilinho!(marque d’afection,je confirme)
Moi j’ai prévu d’y fêter le nouvel an au pays lusitanien!
Ate logo
O Ivinho Bodard
D’aFFection!
MERCI SUR LA BELLE HISTOIRE DE CAMILINHO MOI AUSSI JE L’AI BIEN CONNU UNE PERSONNE FORMIDABLE LE NOM CAMILINHO COMME MIQINHAS ETC SOM DES NOM EFFECTUEUX ET RESPECTUEUX ENVERS LES GENS AGEES