La semaine de Côté Boulevard (#2) | Le Volontariat selon la droite orléanaise

Le mur est ouvert

Posté par le 10 nov 2009.
inséré dans International, Politique.


En novembre 1989, l'Histoire basculait devant mes yeux ahuris, fascinés de voir mourir le monde de mon enfance et effrayés de ne pas savoir ce que serait le monde d'après.

Le monde de mon enfance était fait de 2 blocs qui jouaient à se faire peur. Il gardait le souvenir de la 2de guerre mondiale et n'avait pour perspective que le surarmement et la dissuasion nucléaire. Dans le monde de mon enfance, on attendait, angoissé, la 3° guerre mondiale, la guerre atomique, celle qui verrait mourir l'humanité.

Je vivais alors dans une ville communiste cherchant à réconcilier les peuples qui avaient, 3 guerres durant, sacrifié leurs enfants. Mais comment faire pour que jamais plus un jeune français n'ait envie de tuer un jeune allemand ? Le plus simple, n'était-ce pas de les faire vivre ensemble ?

C'est ainsi que, dés le CM1, comme beaucoup d'enfants de la ville, j'appris l'allemand et que je fis le premier de mes 3 voyages linguistique à Frankenthal, notre ville jumelle. Comme j'avais trois soeurs qui en faisaient de même, on passait notre temps à recevoir des jeunes allemands à la maison.

Mitterrand_kohl Au bout de tous ces échanges, de ces ballades, parties de rigolades, soirée à parler (en quelle langue ?)… je me sentais assez proches des allemands quoique différent (il faut dire qu'à côté d'eux, avec mes origines portugaise, j'étais vraiment très brun… et vraiment très petit !). Ils étaient super écolos, profondément pacifistes,… et drôlement dévergondés pour leur age !

 Jamais je ne dit aux allemands ce que je pensais de l'attitude de leurs
parents pendant la guerre. On ne parlait pas de ces choses-là. Pourtant, lorsque j'allais en Allemagne, en regardant les pères et grand-pères de mes petits camarades, une question me hantait : "en 40, quel était
votre camp ?".

Le pardon n'est pas l'oubli, c'est aller au-delà de la
souffrance.

Une année, une prof d'allemand nous parla de la situation des familles allemandes, coupées en 2 entre l'est et l'ouest. Elle nous dit que c'était une situation très mal vécue par les allemands, une situation qui, tôt au tard devrait changer… On retient finalement peu de choses de sa scolarité. En tout cas, ça, je l'ai retenu : il y avait eu la guerre, on avait affaibli l'Allemagne mais il fallait que le pays retrouve, un jour ou l'autre, son unité.

Alors que j'arrivais en classe de première, Gorbatchev est arrivé au pouvoir en URSS, prônant Gasnosk et Perestroika tandis que la Pologne sentait venir comme un souffle de liberté. Un jour, au journal télévisé, on entendit parler de ces allemands de l'Est qui cherchaient à rejoindre ceux de l'ouest. Quoi de plus naturel ? Quoi de plus prévisible ? me suis-je dit.

Mur ouvert Et puis, du 9 au 11 novembre, on assista, presque en direct, aux évènements de Berlin et vit des allemands faire la fête, à cheval sur le mur. Ce mur qui symbolisait l'équilibre de la terreur entre l'est et l'ouest, entre les méchants et nous. Ce mur qui, à lui tout seul, portait la menace d'une guerre nucléaire entre les 2 blocs. C'était époustouflant de voir basculer à jamais le monde dans lequel j'étais né et dont je pensais qu'il ne pouvait pas changer ! Cependant, il faut le dire, comme François Miterrand et sans doute beaucoup de français, j'étais embêté car l'Allemagne réunifiée allait peser davantage que la France. Je l'étais d'autant plus que l'Allemagne fédérale était déjà un pays puissant, un pays riche ! Qu'est-ce que nos voisins allaient faire de leur unité et de leur puissance retrouvée ? 

Bonheur de voir le monde ancien s'écrouler, frayeur de ne pas pouvoir prévoir ce qui allait se passer…

Finalement, la réunification allemande aura permis aux familles allemandes de se retrouver. Elle aura aussi permis à l'Allemagne de s'ouvrir au commerce avec les pays de l'Est, se positionnant ainsi, de facto, géographiquement et économiquement, au coeur de l'Europe. Les rivalités d'aujourd'hui ne sont plus celles d'hier. La puissance recherchée par mes anciens petits camarades allemands ne fut pas militaire mais bien économique !

Grâce à la chute du mur de Berlin et des évènements qui suivirent, l'Europe est devenu un espace pacifié où l'on a appris à vivre ensemble, et à se respecter dans la dignité de chacun. Mais, malgré tous les efforts des uns et des autres, l'Europe n'est pas
encore un ensemble cohérent où les citoyens forment un même peuple.

Pour être vraiment unie, l'Europe a encore du chemin à faire. Il faut bien que les nouvelles générations aient, à leur tour, quelques histoires à raconter…

Pendant ce temps,
- fansolo se demande dans un bon article "Sommes nous mûrs ?".
- Le chat de gouttière nous rappelle, lui, qu'"Un mur peut en cacher un autre"
- policarpov nous raconte, lui, ses souvenir militaires "6 ans sur la frontière tchèque"
- minijack prétend, lui, que "C'est au pied du mur qu'on reconnait le maçon" (je lui présenterai mon beau-frère qu'est un fin bricoleur mais pas maçon du tout)
- moonblogueur nous apprend que "Sarkozy était déjà mégalo en 1989"
- citoyens nous dit qu'on ne peut pas passer à côté de l'évènement "Il y a 20 ans à Berlin"
- Bertrand nous raconte qu'en 1989, il avait 20 ans et se souvient de tout
- alors que Johann nous dit que lui, "'il avait 7 ans" et ne se souvient de rien

Je remercie tous ces blogueurs qui m'ont donné envie de raconter, à mon tour et à ma manière, la chute du mur de Berlin.




 

8 Commentaires pour “Le mur est ouvert”

  1. Fansolo

    Miguel, votre article est excellent mais vous avez fait une faute de frappe : « Le monde de mon enfance était fait de 2 blogs qui jouaient à se faire peur ».

  2. Miguel, vous savez, vivre dans une ville communiste n’est pas si dur que ça. J’y ai gouté durant une vingtaine d’années, et regardez où cela m’a mené !!!

  3. fansolo, moi qui pensais que tu allais ironiser sur « le mur qui est tout vert » !

  4. polikarpov

    Non Miguel mes souvenirs ne sont pas que militaires, autrement je m’identifierais à ce métier et personne n’est jamais totalement son métier. Mes souvenirs sont justement ceux d’un français qui regardait derrière le rideau de fer, dans le texte que tu cites puis aussi derrière le mur ici:
    http://polikarpov.over-blog.com/article-berlin-et-la-chute-du-mur–37206632.html
    et ici
    http://polikarpov.over-blog.com/article-les-murs-se-suivent-mais-se-ressemblent-ils–38875247.html
    et encore ici
    http://polikarpov.over-blog.com/article-31397431.html
    Tu le vois je ne parlais pas seulement de mon passé militaire.
    Je voudrais apporter une autre précision.
    Miguel tes questionnements sur ce que pensaient les jeunes allemands sont un peu décalés. Mais c’est normal, tu es français.
    La jeunesse allemande a fait son introspection et a questionné leurs parents. Nous en France personne ne l’a vraiment fait. C’est un peu pour cela que Sarkozy dans une hyper arrogance avait fait ce discours déplorable en campagne « Nous n’avons jamais fait de génocide… » et.c. Je ne me souviens plus mais en cherchant sur le net tu le retrouveras.
    Quant à dire « Grâce à la chute du mur l’Europe est devenu un espace pacifié où l’on a appris à vivre ensemble, et à se respecter dans la dignité de chacun. ». Tu exagères un chouia. Les génocides serbes et bosniaques sont là pour en témoigner. Par ailleurs comme nous sommes assez hypocrites nous avons le cynisme d’exporter, non seulement des armes, des savoirs faire mais aussi des guerres, des génocides et toutes sortes de choses admirables. Je pense au Rwanda, à l’Angola et à bien d’autres.
    Non l’Europe reste à construire et au regard de ce que nous avons eu l’audace d’exporter nous devons en retour avoir le courage de prendre notre part dans l’immigration de ces pauvres hères qui viennent chez nous de contrées qui ne sont, elles, pas du tout pacifiées.

  5. Tu as raison, polikarpov.
    Par Europe, je voulais dire « Union Européenne ». Je crois qu’à l’intérieur de l’UE, il y a le respect de la dignité de l’autre (quand on pense aux rapports France/Allemagne, Espagne/Portugal, Allemagne/Pologne par exemple). Après, on a laissé faire des choses innacceptables à nos portes (en ex-yougoslavie, par exemple). Au final, l’UE se sent effectivement comme une sorte de forteresse : on y vit bien à l’intérieur et on se fout bien de ce qui se passe à l’extérieur.
    Pour ce qui est du questionnement des enfants vis à vis de leurs parents, tu as tout à fait raison et d’ailleurs, cela a pas mal traumatisé toute une génération d’allemands, d’où leur pacifisme, leur côté écolo mais leur côté « NO FUTUR » aussi. De notre côté, on a préféré penser que personne n’était pour Pétain et Laval, que tout le monde attendait De Gaulle, que personne ne profitait des allemands, que personne ne dénonçais ses voisins… C’est d’une grande hypocrisie et ça ne nous aide pas à avancer.

  6. polikarpov

    Mais ça doit nous aider à espérer aussi.
    Il faut soutenir le TPI par exemple et se dire aussi que les nouveaux combats ne sont pas pour telle ou telle identité mais sur le plan politique et social. Là l’Europe est un peu à la ramasse.
    A plus. Merci pour ta réponse.

  7. Bel Article Miguel!
    Je suis d’accord pour dire que l’Europe est devenu « un espace pacifié où l’on a appris à vivre ensemble, et à se respecter dans la dignité de chacun » … je me demande juste, à la vue du traitement actuel de la question de l’immigration, si le mur qui était au coeur de Berlin, nous ne sommes pas en train de le rebatir aux frontières de l’Europe…

  8. Oui, c’est clair que nous sommes en train de bâtir une forteresse qui se voudrait imprenable. Nous le faisons avec ce mépris du colonisateur qui s’estime chez lui partout dans le monde mais ne voudrait pas que les autres en fassent de même.
    A ce propos, sur facebook, je suis ami avec un jeune prêtre parti s’expatrier au Maroc. En arrivant sur place, il s’est aperçu qu’il lui fallait un visa. ça s’est réglé dans la journée. Imaginons comme cela se serait passé si un imam marocain avait fait de même pour venir prêcher en France !
    On a tendance à expliquer nos politiques de l’immigration par l’aspect économique et protection sociale des européens. Notre situation d’anciens colonisateurs meutris d’avoir été rejetés peut aussi expliquer des choses…

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