Travailler plus pour… que les autres ne travaillent pas ?
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Mots-clefs :catholique, chômage, chrétien, emploi, humanisme, mcc, travail
Lors de la dernière réunion du CERC – Centre d'Etudes et de Réflexion Chrétiennes – au sujet du monde du travail, l'une des personnes de la salle est revenue sur une thématique qui la scandalise :
Les textes de l'Eglise nous annoncent que "Le travail est un bien de tous, qui doit être disponible pour tous ceux qui en sont capables. Le plein emploi est donc un objectif nécessaire pour tout système économique tendant à la justice et au bien commun (Jean-Paul II, Centesimus annus, 1981)". "Comment dans ces conditions peut-on prôner le travailler plus pour gagner plus ? C'est une attitude individualiste qui consiste à s'enrichir en privant l'autre d'un travail. Je suis étonné que cette idée n'ait pas provoqué un tollé quand elle a été formulée".
Plus tard, j'apportais mon témoignage sur le thème "être chrétien au travail : comprendre ce qui se joue, protéger l'individu dans son humanité". A mes côtés, un responsable patronal racontait comment, lui aussi, essayait, dans un cadre législatif contraint, de donner sa place à l'Homme.
Mais la salle est intervenue pour dire quelque-chose d'assez déroutant car ne faisant pas partie du schéma prévu :
"Moi, j'aimerais qu'on parle de ce qu'on fait pour ceux qui ne travaillent pas.". "Les gens de l'Argonne se battent pour trouver un job et, souvent, ils ont conscience de se battre, malgré eux, les uns contre les autres. Ils se "vendent" aux pires conditions. Ils sont obligés de trouver des combines pour aller jusqu'à Ormes à 6h du matin alors qu'il n'y a pas de transport. Après, on leur dit que les gosses sont mal élevés. Comment voulez-vous qu'ils fassent puisque de fait, il ne sont pas là ? Les gens sont perdus face aux systèmes modernes : au pôle emploi, on leur demande d'appeler des numéros où des messageries vocales leurs disent de taper 2, tapez 3… Les gens ne comprennent rien. ça va trop vite ! Moi-même j'ai du mal à suivre ces machines-là. Il n'y a personne pour les prendre en charge"."Qu'est-ce que l'Eglise a à dire face à ces situations ?".
Et de me remémorer une discussion sur ce blog lorsque j'expliquais que l'on pouvait éprouver de la satisfaction à faire un travail, que ce travail soit rémunéré ou non. Un commentateur m'avait répondu que ce n'était pas du tout pareil. J'avoue que je n'ai pas compris pourquoi. J'avoue que je ne comprends toujours pas. C'est sans doute un problème de paradigme : au fond, tant qu'on ne vit pas leur situation, il est difficile de comprendre ce que ressentent les gens.
Lorsque Michel Rocard est venu à Orléans, lors d'une passionnante… et loooonnngue analyse économique, il a expliqué que lorsque le chômage s'est accru en France, on a pensé qu'il n'y en avait pas pour longtemps. L'objectif était de revenir rapidement au plein emploi. Pour faire patienter les gens (et probablement acheter la paix sociale), on a mis en place le traitement social du chômage. 30 ans après, force est de constater que le plein emploi n'est pas revenu, probablement parce que trop de choses ont changé sans qu'on les prenne en considération dans nos analyses. La nouvelle génération va donc devoir inventer autre-chose que le traitement social du chômage.
Et si le plein emploi ne revenait pas ? Comment faire pour que ceux qui ne travaillent pas gardent leur dignité ?
"Une société juste est une société qui donne la possibilité aux plus humbles d'apporter leur contribution au bien commun" disent les penseurs chrétiens. Oui, mais comment ?





je ne sais pas quoi te dire, si juste ceci, excellent ton article, j’aime bien cette façon que tu as de poser des questions essentielles qui font réfléchir et me touche profondément
merci Miguel
Je crois que cette idée du « travailler plus pour gagner plus » n’est pas nouvelle. Il y a déjà 150 ans, les détracteurs de la réduction du temps de travail l’avançaient déjà, rappelle DSK http://www.dailymotion.com/video/xmfeq_dsksarko-3-extraits_news
(
De plus, ramener le Français moyen à l’état de simple travailleur, sous-entendu, de simple employé, fausse d’emblée le débat, je trouve. Il y a bien en France des gens qui ne travaillent pas, mais qui n’en sont pas moins Français, et ce sont peut-être même les plus valeureux, car ils contribuent tout autant si ce n’est plus, à la richesse de notre société. Cette vision totalement étriquée du Français résumé à sa simple activité de travailleur, donne d’ailleurs plus de dégâts que de progrès. En tout cas, elle sème le doute. En revanche, les rtt, malgré leurs maladresses d’application, ont permis de prendre plus en considération l’environnement du salarié.
Donc, oui, l’idée de travailler plus pour gagner plus s’avère totalement archaïque et inégalitaire, et revient effectivement à déshabiller Pierre pour habiller Paul. Un challenge dont on se passerait bien.
De même, les tracasseries administratives pour les chômeurs sont injustes, car ils sont encore trop résumés au simple statut administratif de « demandeur d’emploi ». Dans le même temps, les sans-papiers voient leurs destins réduits à un bout de papier… On laisse circuler l’argent et l’on empêche l’homme de rester libre ? de tenter sa chance ? Comme l’ont fait les grands-parents du président Français en exilant de Hongrie en France dans les années 50?
Les Chrétiens, (comme beaucoup d’autres, je pense), ont justement ces valeurs de voir la personne dans son entité, plutôt que de la résumer à une seule situation, ce qui est souvent très dévalorisant. Et puis c’est aussi dans le premier article de la déclaration universelle des droits de l’homme : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. »
Quant au plein emploi, je crois qu’il ne viendra que si l’Etat arrête de prendre les Français pour des vaches à lait. Comptons les taxes… de la voiture au web jusqu’à l’achat d’une pomme, en passant par le logement. Sans pour autant les supprimer, un bon coup de réformes permettrait peut-être de les ajuster, des plus locales aux nationales. Au lieu de cela, le gouvernement saupoudre… et construit le jardin, quand on lui demande de construire la maison!
Il joue à « tu l’auras », alors qu’on lui demande un « tiens ». Il aura mis 30 jours pour s’en rendre compte en Guadeloupe! Jamais un département métropolitain n’aurait subi tel pourrissement, même si à Orléans, ce n’est pas passé loin, avec les 25 jours de grève des éboueurs. Certes la comparaison n’est pas possible, je parle juste de la durée du conflit
Bref, je crois que pour ces gens qui aimeraient bosser ou aller bosser, les solutions existent et doivent exister, à condition d’anticiper, de ne pas se laisser décourager et surtout de bien connaître ses droits et de se renseigner. C’est une France de l’individuel qui se dessine, alors que ce n’est pas dans sa culture.
La foi pour remède ? Sans doute plus que l’espoir en nos dirigeants politiques actuels.
Comme disait Raymond Devos : Payez, payez, payez pour nous!
Martin.
Frédéric LEFEVRE l’a clairement dit chez Ardisson il y a quelques semaines, pratiquement dans la même phrase : 1 – il faut travailler plus pour gagner plus
2 – A 50 ans peut-être que j’arrête tout et je pars découvrir le monde
Conclusion : il faut que nous, nous travaillons plus, pour que eux, ils gagnent plus. CQFD
Miguel,
Tu dis que « tu ne comprends pas ». Tu as tout compris, au contraire.
Un grand Merci !