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Le Travail entre joie et souffrance

Posté par le 25 jan 2009.
inséré dans A la Une, Religion, Travail.
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Au cœur des réflexions chrétiennes au sujet du travail, on trouve ce court passage de la Bible où l'on voit Dieu en train de créer le monde : séparer l’ombre de la lumière, les eaux tourmentées de la terre ferme, créer l’Homme. Un sacré travail ! A chaque étape de son œuvre, il regarde ce qu’il vient de faire et ressent la joie profonde du travail accompli « Dieu vit que cela était bon » nous dit-on.

Dimanche 18 janvier 2009, une centaine de cadres chrétiens de la région Centre étaient réunis à Orléans pour réfléchir au thème « Le Travail, vers quelle Humanité ». Thème un peu classique mais qui allait finalement se révéler assez enrichissant.

 Tout d’abord, alors que l’on s’apprêtait à essayer de comprendre la situation du monde du travail en région Centre, on se rendit vite compte que les intervenant, cadres du secteur automobile, l’un à Orléans, l’autre à Chateauroux, étaient en fait totalement immergés dans la mondialisation. La mondialisation, objet du congrès MCC de Lille en 2001, semblait alors bien abstraite, lointaine. Elle est aujourd’hui là, au cœur des activités de la région, et elle est arrivée par un chemin où on ne l’attendait pas.

AutomobileLa sous-traitance et la mondialisation

Lorsque vous achetez une voiture, vous pensez qu’elle a été fabriquée par un constructeur, Renaud, PSA… En fait, les constructeurs automobiles se sont entouré d’un nombre incroyable de sous-traitants qui fabriquent les différents éléments qui constituent le véhicule. Le sous-traitant est fournisseur vis-à-vis de ce client auquel son avenir est intimement lié. Il ne vit que par le client, pour le client, le contenter, le garder. Il n'est plus seulement industriel, mais de plus en plus prestataire de services.

Pour gérer les appels d'offres, le secteur automobile a mis en place ce qu'on appelle des "places de marchés" sur internet (marketplaces) qui mettent en concurrence des fournisseurs du monde entier. Sur ces plateformes, on mène des enchères inversées. Dans ce mode de vente, le client fixe un prix plafond et les fournisseurs baissent leurs prix tour à tour jusqu’à ce que le prix soit tellement bas que celui qui vend ne gagne presque plus rien. Il arrive que, pour maintenir une production, l’entreprise vende à perte c'est-à-dire qu’elle accepte de vendre moins cher que ses coûts de production.

Parfois, les constructeurs exigent du sous-traitant qu’il fabrique ses produits en Europe de L’Est ou en Chine. Celui-ci est obligé de le suivre, sans quoi le constructeur se dirigera vers un autre fournisseur qui, lui, produira moins cher. Les prestations étant contractualisées sur le long temps, perdre un marché, c’est prendre le risque de fermer son entreprise. Le fournisseur n’a donc pas le choix. Il délocalise pour produire moins cher là-bas en espérant sauvegarder les emplois ici qui produisent, eux, déjà à perte.

C'est ainsi que, par le biais des relations client-fournisseurs, la mondialisation est entrée de plein pied dans notre économie et elle n’est pas prête d’en sortir puisque ces relations structurent de fait l'économie moderne.

Pour un cadre dirigeant, comment expliquer ces enjeux aux ouvriers ? Pas facile ! On essaye de les rassurer, de leur rappeler l’engagement des dirigeants pour garder les emplois locaux, on rappelle qu’ils l’ont toujours fait depuis toujours. N’empêche, l’inquiétude est là et les relations ne sont pas faciles…

Le client est la raison de vivre de l'entreprise ! N'est-elle pas aussi une figure commode sur laquelle on peut être tenté de se défausser de ses responsabilités ?

La recherche de la taille critique

Parfois aussi, les constructeurs disent au fournisseur: « Vous êtes trop petit. Vous comprenez, on va faire une toute nouvelle voiture très sophistiquée qu’il va falloir construire pendant des années. On est très contents de vous mais on ne peut pas prendre de risque. Sur ce dossier, on veut travailler avec une entreprise qui a de solides assises financières ». Alors, pour garder son client, sauvegarder son entreprise et ses emplois, le patron vend son entreprise à un groupe international. La PME française perd ses capacités de décision et ses projets. Elle se converti en simple centre de production dirigé par un groupe dont les décideurs ne parlent même pas le français.

Dans une PME à taille humaine, le patron connait tout le monde : le jeune qui voit là l’occasion de tenter sa chance dans un grand groupe, le suiveur qui se dit que tant qu’il a un boulot, ça ira comme ça, et le retissant qui ne voit que les points négatifs. Le rôle du cadre est alors de comprendre les inquiétudes légitimes, d’écouter les gens et d’essayer de trouver de vrais réponses à leurs questions. « Vous dites qu’on va supprimer la R&D ? Mais peut-être que nous sommes compétents et que nos compétences les intéressent. Peut-être aussi peuvent-ils nous apporter des compétences que l’on n’a pas et qui nous seront utiles ». Dés-lors, par l’humain, on arrive à convaincre les plus motivés qui a leur tour convaincront la majorité.

Finalement, dans l’exemple de la PME en question, certes le centre de décision est à l’étranger mais plusieurs années après, l’emploi est toujours là. On constate cependant que la mutation de l’entreprise ne lui a semble-t-il pas permis de gagner les marchés qu'elle escomptait puisqu’elle n’a pas connu de croissance significative.

Le cadre pris dans les tourbillons de l'organisation

 Dans ces expériences, on se rend compte que les structures s'adaptent en s'internationalisant. Pour cela, des français partent en Bulgarie, des allemands viennent en France… Parfois, on a l'impression que les hommes sont les jouets (sans doute involontaires) de ces organisations, tel ce cadre parti 3 ans de France pour créer une filiale au Canada. Au moment de revenir, il n'y avait plus de place pour lui en France, on lui a donc proposé une mission de 3 ans en Bulgarie. Et après,… on ne sait pas.

EscalatorsC'est qu'un cadre dirigeant est au service de l'organisation, tel ce jeune devenu cadre dirigeant d'une grande entreprise en 3 ans sans y être vraiment préparé et qui se retrouve à travailler comme un fou du matin au soir, WE compris. Qu'il se passe quoique ce soit et il se doit d'
;être là, de toujours répondre. Qu'il ne se passe rien, il répond quand-même aux mails qu'il reçoit de manière incessante sur son blackberry. "Ton blackberry, c'est ta maitresse" lui dit un dimanche sa femme un peu excédée. "Je me demande s'il n'y a pas là quelque-chose qui ressemble à de l'addiction" nous dira-t-il spontanément.

"Il faudrait se garder 2 heures par semaine pour soi, pour réfléchir à ce qu'on fait au travail" lui conseille quelqu'un qui avoue aussitôt, que, évidemment, ce n'est pas possible ! Alors quel recul sur son travail, sur les relations qu'on y noue, sur sa manière d'agir ? La meilleur solution, c'est de se faire aider nous dit-on. Certains ont des coachs, d'autres des psy, d'autres des groupes tels le MCC. Mais au fond, ce ne sont souvent que des solutions à notre incapacité à consacrer ces 2 heures hebdomadaires qui nous permettraient de nous construire.

Ah, si on ne recevait pas autant de mails ! Si on en envoyait pas autant aussi ! Finalement, on peut se poser beaucoup de question sur les mails, portables,… tous ces outils sensés nous mettre en relation permanente les uns avec les autres. Car, qu'est-ce qu'une relation ? L'expérience nous montre en effet que c'est par le rapport personnel que l'on arrive à échanger réellement, comprendre, créer une relation justement. Les outils de communication nous y aident-ils vraiment ?

La joie et la souffrance

Dans l'évangile, il est dit "Que votre oui soit un oui et votre non soit un non". En écoutant les témoignages, j'ai sans doute entendu des "oui", je n'ai pas perçu aucun "non". Cela doit nous interroger sur notre capacité à discerner, à faire des choix. Sans quoi nous serons toujours à courir derrière la situation qui nous est imposée. Sans quoi, nous et ceux qui travaillent avec nous, risquent bien d'être broyés par les circonstances. J'ai senti de la souffrance dans les situations qui nous étaient présentées.

Dans "Le dernier métro" de François Truffaut, il y a cet échange extraordinaire (je cite de mémoire) "madame, de vous voir est une souffrance". "Hier, vous disiez que c'était une joie". "C'est une joie… et une souffrance". Quand on réfléchit au monde du travail, on perçoit tout à fait ça : à la fois la joie devant le travail accompli, les chalenges relevés,… mais aussi cette souffrance des hommes qui ne comprennent pas toujours bien ce qu'ils font au milieu de tout ça.

La responsabilité du cadre chrétien devrait être d'aider ceux qui l'entourent à voir la joie et à chaque fois que c'est possible, à diminuer la souffrance. Encore faut-il être en capacité d'y voir clair dans les situations, celle des autres, et la sienne…

[Je précise que ce texte est une réaction à la journée MCC et non un compte rendu.]

A lire aussi :

L'apprentissage, une fausse bonne idée ?
Affaire des cadres de chez Renault - un document accablant
La proposition de Loi d'Yves Bodard

Et :

  1. Entre servitude, épanouissement, et responsabilité – Le travail vers quelle humanité ?
  2. Une fin d’année sans joie
  3. L’Eglise et le monde du travail

 

20 Commentaires pour “Le Travail entre joie et souffrance”

  1. dame Lepion

    Intéressante cette citation de l’Evangile (selon Saint-Glinglin ?) : « ……..que votre non soit un non ». Marrante aussi. Ca me rappelle que nous avions dit NON au traité antisocial européen, et par l’opération du Saint-Esprit, ça devient à Lisbonne un OUI de consentement fatal…

  2. Excuses-moi, dame lepion mais soit mon article est particulièrement mauvais soit tu n’y as rien compris. A moins que tu ne fasses que réagir par anti-cléricalisme primaire auquel cas je ne peux rien pour toi, ce blog est fait pour les gens qui ont un minimum envie de discuter.
    Pour ceux que ça intéresse, la citation est de Mathieu chapitre 5, verset 37

  3. dame Lepion

    Ach, cher Miguel, il se fait tard, vous devez être fatigué, et grognon par conséquent. J’ai lu et apprécié votre texte. Mais vous me jetez sans aucun humour, ce qui n’est pas grave, on ne peut forcer sa nature. Mais aussi sans ménagement, et là je sais pourquoi. Anticléricale, moi ? Parce que j’ai osé blaguer… c’est ma nature profonde de femme de blogs qui parle un peu trop vite, et qui a très involontairement blasphémé ! Vous savez, les femmes, faut pas trop leur faire confiance (pour ceux que ça intéresse : Saint-Paul, première épître à Thimothée). Et pardonnez-moi, car vous avez le sens du pardon, j’en suis sûre, je n’avais pas compris que ce blog était réservé aux gens qui ont un minimum envie de discuter. Quelle tête de linotte suis-je…

  4. Bernard Bonnejean

    Pas touche à Madame Lepion, Miguel. C’est ma copine.
    Avant d’avancer plus avant dans la discussion, si, de fait, les anticléricaux nous le permettent, j’aimerais quand même me fendre d’une remarque préliminaire.
    Chez les Teixeira, on bosse dur toute la semaine. J’en suis certain. Or,quand on voit le résultat des cogitations de Corinne, un article remarquable sur l’Université française, et le tien sur le travail, on se pose fatalement la question : vous pouvez pas vous reposer un peu le dimanche, en profiter pour discuter, pour sortir, pour aller au resto, je sais pas moi ?

  5. dame Lepion

    Merci, Bernard, pour votre chevaleresque soutien. Vous savez, je ne suis pas une femme facile, mais je vous saute au cou ! J’ai peur, protégez-moi, Miguel a la tête si près du bonnet…

  6. On ne doit effectivement pas avoir le même sens de l’humour. Voir dans mon texte un quelconque rapport avec le « non » à la constitution européenne, j’appelle pas ça de l’humour un hors sujet. L’humour n’autorise pas tout, en particulier pas de détourner la conversation.
    Sais-tu que le « non » à la constitution fait l’objet d’un tas de blogs, d’articles,… etc ? Je suis certain qu’en cherchant un peu, tu pourras trouver des gens avec qui en parler…

  7. Bernard Bonnejean

    Non, Miguel, pas toi ! Sois gentil, s’il te plaît et essaie de pardonner ! Mieux que moi qui ait tant de mal à le faire. Sers-moi d’exemple, s’il te plaît !
    Je profite de ton texte pour souligner deux points essentiels :
    Si le travail est un devoir, imposé par Dieu dans la Bible comme une quasi punition, c’est aussi un droit. Du moins, ça devrait l’être. A ce titre, le chômage est un fléau contre lequel il nous faut combattre. Mais comme tous les fléaux,il est l’objet de réactions quasi épidermiques, toutes plus absurdes et plus ignobles les unes que les autres. Non ! le chômeur n’est pas forcément un fainéant. Moi qui vous parle, dans le cadre de ma profession d’enseignant, je suis allé à de nombreuses sépultures, d’enfants accidentés, d’adolescents qui ont mis fin à leur jour… Et aussi, plusieurs suicides de parents, des hommes en général, qui, malgré leur famille, avaient perdu le goût de vivre en perdant leur emploi. Il faut être vraiment au bout du rouleau pour avaler une boîte de produits phytosanitaires… Certes, le travail est une souffrance mais il est aussi une richesse source de richesse, pas seulement financière.
    Ma deuxième remarque, parce que maintenant je connais les idées de Miguel et que je sais pouvoir en parler ici, ce sera un hommage personnel aux prêtres-ouvriers que j’ai connus. Ils ont su lier leur vie professionnelle et syndicale (certains étaient responsables CGT) et leur vocation sacerdotale. Ils ont mis en pratique la doctrine sociale de l’Eglise. Eh oui ! ça existe, et même depuis un sacré bout de temps ! Je vous en parlerai bientôt, si vous le voulez.

  8. dame Lepion

    Mais… c’est qu’il mordrait ! Enfin, vous faites bien de recadrer -un cadre c’est fait aussi pour ça- la trublionne, la mauvaise élève du fond de la classe. Je vous en foutrais de l’humour, moi… j’veux voir qu’une seule tête !
    « La responsabilité du cadre chrétien devrait être d’aider ceux qui l’entourent à voir la joie…etc ». Vous parlez sûrement d’expérience, hein. Sans rancune de ma part. Et fidèlement vôtre.

  9. Le Christ n’a pas dit « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » et il a su, en son temps, chasser les marchands du temple qui détournaient l’affluence des gens à leur seul profit. Désolé, dame lepion, mais le genre de remarque « un catho doit tendre la joue, doit tout accepter pour être bon… », ce sont de vielles ficelles qui ne marchent plus depuis que les cathos ont appris à être minoritaires en France. Je crois précisément qu’un chrétien ne doit pas tout accepter. C’est ce que j’explique d’ailleurs dans l’article. Parfois, il faut savoir dire « non ». Le blogueur de Côté Boulevard, n’est pas Mamie Nova. Mais je crois que tu l’avais remarqué :)
    Bernard, j’ai failli parler de ce passage où, effectivement, Dieu dit à Adam qu’il devra travailler à la sueur de son front, d’autant plus qu’elle me permettait de faire le paralléle entre la joie du travail dont je parle au début et la souffrance au travail dont je parle à la fin. Je ne l’ai pas fait car elle m’aurait amené à prendre à mon compte l’interprétation classique que tu reprends du travail perçu comme une punition. Ce que Dieu dit à Adam, n’est-ce pas plutôt la constation d’un fait objectif : quoiqu’on fasse, dans une société classique, pour manger, il faut bosser. Et bien souvent, même chez les cadres supérieurs de mon article, c’est pas facile ! Je n’y vois pas nécessairement une damnation mais un simple fait objectif.
    Certes il y a le droit au chômage. Mais il y a surtout le droit au travail. Celui qui, rémunéré ou non, permet de créer, de faire des rencontres qui nous enrichissent,… d’éprouver aussi la joie des moments où l’on ne travaille pas, justement !
    On pourrait réfléchir au fait de savoir si la souffrance (pour laquelle je n’ai aucune fascination) n’est pas d’une certaine manière une condition à la joie. N’est-ce pas quand on se donne du mal pour quelque-chose, qu’on est heureux de voir qu’on a réussi à en venir à bout ? N’est-ce pas parce qu’on a travaillé en semaine qu’on est heureux de se promener, de retrouver en famille, ou simplement de ne rien faire le dimanche venu ? Je n’irai pas plus loin mais ça vaut le coup de creuser.

  10. Bernard

    « Certes il y a le droit au chômage. Mais il y a surtout le droit au travail. Celui qui, rémunéré ou non, permet de créer, de faire des rencontres qui nous enrichissent,… d’éprouver aussi la joie des moments où l’on ne travaille pas, justement ! »
    Miguel, tu ne te rends pas compte de ce que tu présupposes par tes affirmations. On ne peut pas t’en vouloir, car tu es loin d’être le seul à raisonner de cette façon.
    Les allocations chômage sont un droit ; pas le chômage qui reste une calamité.
    Le droit au chômage, en tout cas, est tout sauf le droit de ne rien faire.
    Il est facile de faire du bénévolat quand on a un travail rémunéré comme il est facile de passer un bon dimanche en famille (le repos du guerrier et de la guerrière en quelque sorte). Mais accorde-t-on facilement le droit aux vacances, le droit au farniente, le droit aux loisirs à ceux que l’on suppose ne rien avoir d’autre à faire de la journée, de la semaine, du mois, de l’an, de leur vie ?
    Pour ces suicides dont je t’ai parlé, il semble bien que ces chômeurs ne se l’accordaient pas à eux-mêmes. Leur question la plus courante : « A quoi je sers ? ».

  11. @ Miguel tu es en train d’apprendre ce que c’est que de blogguer dans les règles de l’art.
    tu fais des articles où tu y mets du cœur et tes commentaires sont décalés. Enfin au moins tu en as des commentaires ;)

  12. Par droit au chômage, j’entendais effectivement « droit aux indemnités chômage » qui d’ailleurs est devenu par le biais du RMI (merci Michel Rocard) »droit à un revenu minimum ».
    Je ne suis pas un grand spécialiste de la question mais je pense qu’au fond, depuis 20 ans, on a admis sans le dire que l’on n’arriverait plus à trouver du travail pour tout le monde. Reste que le travail est aujourd’hui le premier moyen de socialisation : quand on rencontre quelqu’un, on lui demande « quelle est ta profession ? » et non « dans quelle association tu t’investis ? ».
    Pourtant, je parle bien de travail « rémunéré ou non » (je dis pas mal de conneries mais certains mots comptent !). Un type qui fait tourner une asso d’entraide est sans doute aussi utile qu’un bookmaker surtout en situation de crise ! Je pense qu’il ressent cette même joie du travail quand il mène des actions avec les autres, cette même souffrance quand il s’engueule avec eux ou que les gens ne veulent pas aider son asso.
    On peut toucher les indemnités chômage et travailler pour de vrai.
    Dans le monde associatif, on développe des compétences très appréciables dans le monde du travail. En tout cas, mes engagements associatifs de jeunesse m’ont énormément aidé par la suite.
    Après, il y a les situations très difficiles de gens qui dépriment. Je n’en dirai rien mais je dis comme un message d’espoir « regardez le monde, juste à côté de vous, vous verrez qu’il y a un sacré travail à faire… »

  13. Bernard Bonnejean

    « On peut toucher les indemnités chômage et travailler pour de vrai ».
    Non, non, non et non ! Désolé ! Ce que tu dis n’est pas une connerie, c’est juste la conséquence d’une méconnaissance totale de la question.
    Je sais parfaitement ce qu’est une association loi 1901. J’ai pendant plus de 30 ans exercé les rôles de secrétaire et de président pour des associations tiers-mondistes, pour des associations culturelles (avec parents d’élèves, élèves, profs, personnel d’encadrement etc.)en dehors ou en plus de mes activités professionnelles rémunérées.
    Nous nous y sommes engueulés, c’est vrai ! Nous avons été utiles, c’est aussi vrai ! Nous avons même mis fin à une association en 2000 parce qu’elle avait atteint son but : un centre à Edea où apprendre à de jeunes camerounaises le métier de couturières pour nourrir leurs enfants autrement que par la prostitution. Quel plus beau succès pour une association caritative que de devenir inutile ?
    En matière de vie associative, j’en connais un rayon, crois-moi. Je le dis haut et fort : ce n’est pas un travail au sens propre du terme.
    Comme le dit le proverbe : « Tout travail mérite salaire ». Le « salaire », étymologiquement la « part de sel » que recevait le romain pour prix de l’activité exercée.
    Chacun devrait avoir le droit à cette saine fatigue dont tu parles, celle que tu appelles la souffrance, celle qui consiste à tenir un rôle rémunéré pour lequel on le remercie. Savais-tu que « merci » vient de « merces » qui veut dire le marché, la transaction, autrement dit le prix des choses et des services que l’on reçoit en retour ?

  14. fo0

    Miguel, te trouve ton article trés bon, la seule chose qui me met mal à l’aise, c’est le terme « cadre chrétien », faut-il hiérarchiser à tout prix ?
    JE n’ai pas d’enfants accidentés, d’ados suicidés, quelques sépultures mais je les gardes par pudeur… dans mon panier pour intervenir et avoir du poids et donner la leçon.

  15. Très intéressante discussion. Et les apports de Bernard n’y sont pas pour peu.
    Je relève surtout de la part de Miguel cette phrase, non pas dans son article mais dans un de ses commentaires : « N’est-ce pas quand on se donne du mal pour quelque-chose, qu’on est heureux de voir qu’on a réussi à en venir à bout ? »
    C’est en effet tout le paradoxe. Et ça se vérifie même quand on n’est pas stressé par une hiérarchie industrielle (ou divine), même dans le cadre d’une association, et même dans le cadre d’une entreprise personnelle, ou encore dans le sport. Ce qui compte pour obtenir la joie au bout du compte c’est le challenge qu’on se fixe soi-même, quelle que soit la souffrance à encourir. Elles sont même proportionnées.
    Pour le reste, calme toi un peu Miguel, dame lepion se voit déjà monter avec moi au bûcher promis par Jean du MoDem. Il ne faut pas lui donner cet espoir de martyre, la volupté a ses limites ! ;c)

  16. Val

    « le travail est un devoir imposé dans la Bible comme une quasi punition »
    Cela me rappelle une discussion dans laquelle un écologiste (tendance deep ecology) affirmait que la crise écologique était le résultat du joug religieux sous lequel s’est développé la société occidentale, toujours en référence à la Bible (« soumettez la terre »).
    Méfions-nous des lectures littérales … Bertrand Vergely (philosophe, théologien orthodoxe et … prof en khagne au Lycée Pothier) rappelait que le premier « travail » était celui de la création, conclu par un jour … sans travail.
    Puisqu’on parle beaucoup étymologie, Bernard ne nous a pas rappelé que travail venait de « trepalium » (nom d’un instrument de torture) ; cette idée survit dans « ça me travaille » …
    peu à peu, le travail est devenu « exercer une activité qui demande un effort » avant de devenir « exercer une activité régulière pour assurer sa subsistance »
    le sens que nous donnons au travail renvoie à la place que lui donne la société aujourd’hui qui a immensément évolué en 30 ans .
    enfin pour terminer sur les citations , Truffaut a utilisé le passage donné par Miguel une première fois dans la Sirène du Mississipi (toujours avec C. Deneuve) dans les paysages splendides de La Réunion

  17. Bernard Bonnejean

    Merci à tous de ne pas avoir relevé ce commentaire particulièrement imbécile de… Non ! j’ai décidé de ne plus relever les mesquineries des jaloux et des obtus, surtout quand ils sont méchants et in justes. JE sais aussi manier les attaques ad personam, mais le texte de Miguel, riche et sérieux, ne s’y prête vraiment pas.
    Val, vous avez raison, et j’allais y venir. De fait, étymologiquement « travail » vient d’un mot latin qui désigne un « instrument de torture » particulièrement atroce qui devait ressembler à ce qu’on a fait subir à Ravaillac. Il faut savoir que dans l’Antiquité, le travail manuel est réservé aux esclaves, ceci expliquant cela.
    Du reste, la « femme en travail » devrait éprouver aussi les douleurs que Dieu lui a promis dans la Genèse. Cependant, n’étant aucunement esclave du sens littéral de la Bible, ayant déjà dit ce que je pensais de la symbolique biblique, je ferai remarquer seulement que Dieu, juste après la Création, ignorait, comme tout le monde, les progrès de l’obstétrique et notamment la péridurale.
    Quant à assimiler la Création à un « travail », je reconnais là les exégèses des théologiens. L’image est certes belle, mais ce poncif de la littérature ecclésiastique des siècles passés mériterait au moins un dépoussiérage.
    Quant à vous, Minijack, vous reprenez presque textuellement, à mon avis, les arguments de Miguel, ce qui prouve que croyants et incroyants se rencontrent très souvent dans les débats essentiels. Pas plus que je ne rejoins l’optimisme de Miguel,je ne puis souscrire totalement à ce que vous dites : « Ce qui compte pour obtenir la joie au bout du compte c’est le challenge qu’on se fixe soi-même, quelle que soit la souffrance à encourir ». Tout cela est bel et bon, ou du moins SERAIT bel et bon, si l’on pouvait faire l’économie intellectuelle et économique de millions de chômeurs qui, j’insiste, ont vraiment du mal à donner un sens à leur vie, même s’ils la remplissent en actions nobles et en challenges de tous ordres. Ne confondez pas la retraite et le chômage !
    Malgré le travail remarquable de Miguel (j’ai dit le TRAVAIL), j’ai seulement voulu lui faire remarquer que la vraie torture (morale) dans nos sociétés contemporaines, était moins le travail que son manque.
    Mais c’est en partie faux. Il faudrait aussi sans doute parler de ces cas de suicides chez des employés surmenés, poussés au productivisme par une mentalité sarkozienne qui lui vient aussi bien du stakanovisme que de l’ultralibéralisme étatsunien.
    Le « travailler plus pour gagner plus », la formule « l’avenir est à ceux qui se lèvent tôt », outre que ça relève de la pure escroquerie, ne manquera pas, si ce n’est déjà fait, de provoquer de graves dérives au détriment des travailleurs et au bénéfice des copains de Niko.
    Et Dieu dans tout ça ? Dieu, selon la doctrine catholique, laisse à l’homme son libre-arbitre. Sinon, pourquoi les chrétiens iraient-ils bêtement voter ? Ou voter bêtement, mais ça c’est une autre histoire.

  18. @Bernard : on n’est pas d’accord sur le rapport entre travail et rémunération : depuis quand est-on obligé de travailler pour être rémunéré, un emploi suffit ! depuis quand 2 personnes qui font le même travail gagnent-ils le même salaire ? depuis quand un PDG se donne-t-il 600 fois plus de mal que son ouvrier smicard ?
    @fo0 : j’avais d’abord écrit « La responsabilité du cadre devrait être d’aider ceux qui l’entourent à voir la joie et à chaque fois que c’est possible, à diminuer la souffrance ». J’ai ensuite corrigé en « cadre chrétien » d’une part parce que mon article fait suite à une journée organisées par des cadres chrétiens et que d’autre part parce que je pense que les chrétiens ont une responsabilité supérieure dans la mesure où la foi chrétienne encourage à être attentifs au sort fait aux Hommes.
    @Val : Truffaut dans « le dernier métro » citant Truffaut dans « la Sirène du Mississipi », ça valait mon hommage, non ? J’adore ! ça m’a amusé de voir que le philosophe qui a fait sa conférence après parle lui aussi de joie et de souffrance ! Moi qui croyais être original dans mon approche…

  19. Bernard Bonnejean

    Miguel,
    Ce n’est pas que nous ne soyons pas d’accord ; nous ne parlons pas sur la même longueur d’ondes. Au reste, ce n’est pas grave. Deux vérités pour le prix d’une, par les temps qui courent…

  20. Bernard

    Juste un mot de Péguy. Il s’agit d’un extrait du « sixième cahier de la quatorzième série », « L’argent » du 16 février 1913, Pléiade, 1957, p. 1031 :
    « Ces ouvriers ne servaient pas. Ils travaillaient. Ils avaient un honneur, absolu, comme c’est le propre d’un honneur. Il fallait qu’un bâton de chaise fût bien fait. C’était entendu. C’était un primat. Il ne fallait pas qu’il fût bien fait pour le salaire ou moyennant le salaire. Il ne fallait pas qu’il fût bien fait pour le patron ni pour les connaisseurs ni pour les clients du patron. Il fallait qu’il fût bien fait lui-même, en lui-même, pour lui-même, dans son être même. Une tradition, venue, montée du plus profond de la race, une histoire, un absolu, un honneur voulait que ce bâton de chaise fût bien fait. Toute partie, dans la chaise, qui ne se voyait pas, était exactement aussi parfaitement faite que ce qu’on voyait. C’est le principe même des cathédrales. »
    Mon père, en lisant ça, aurait dit : « Eh bien, la coterie, ils savaient travailler à cette époque-là ».

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